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Culture - Éducation, formation et jeunesse
Reportage : Apprendre comme Fifi Brindacier – L’asbl Les Tournesols s’est lancée en 2008 dans un projet de partenariat éducatif Grundtvig
13-01-2010


www.tournesols.luL’asbl Les Tournesols participe depuis 2008 à un projet de partenariat éducatif Grundtvig intitulé "Apprendre comme Fifi Brindacier". Europaforum.lu est allé à la rencontre de Carole Moris, pédagogue en danse, et de Barbara Feldhoff, rythmicienne, pour en savoir plus sur la genèse et le développement de ce projet qui a pour objectif la mise en pratique d’une méthode pédagogique théorique appelée "Interdisziplinäre System-Bildung".

Dans le récit que les deux artistes font des différentes étapes, de la visite préparatoire qui a permis aux partenaires venus d’Allemagne, du Danemark, de France et du Luxembourg de formuler le projet aux perspectives que ce dernier ouvre déjà, l’enthousiasme règne. Le bilan qu’en tirent Barbara et Carole : un succès tant sur le plan personnel, professionnel que culturel. Et les barrières sont levées pour ce qui est de l’appréhension à l’égard des financements européens.

A l’origine, une méthode pédagogique appelée "Interdisziplinäre Systembildung"

L’asbl les Tournesols, créée il y a une dizaine d’années dans le but de promouvoir la pratique de la danse contemporaine auprès des enfants, des jeunes et des adultes, propose désormais, aux grands et aux petits, un espace de création et d'apprentissage des fondamentaux des arts de la scène à travers des ateliers en danse créative, Tanztheater et musique en mouvement. Pour l’équipe de l’association, constituée d’artistes actifs dans les domaines du théâtre, de la danse contemporaine, ou de la musique, la question du rapport à l’apprentissage et d’une nécessaire réflexion sur la pédagogie est centrale.

Aussi, quand l’académie Remscheid, que Barbara Feldhoff et Carole Moris, connaissent bien toutes deux, - l’une Les partenaires du projet lors d'une de leurs rencontres en Francepour y enseigner ponctuellement et l’autre pour s’y être formée, - leur a proposé de participer à un projet Grundtvig centré sur la méthode pédagogique développée sous le nom de "Interdiszplinäre System-Bildung", les deux pédagogues du rythme et du mouvement se sont laissées tenter sans grande peine.

Cette approche didactique, conçue par le professeur allemand Wilhelm Walgenbach, fait de l’apprenant l’acteur de son apprentissage. C’est par l’expérience que celui-ci se trouve amené à construire lui-même, au fil de différentes étapes décrites comme six "champs d’activités" (Tätigkeitsfelder), son propre système. Cette façon de faire nécessairement siens les savoirs acquis a suscité tout l’intérêt de Barbara Feldhoff et de Carole Moris qui, bien souvent, sont confrontées à des questions comme "pourquoi apprendre ?" ou encore "comment garder la joie d’apprendre ?".

Première rencontre des partenaires dans le cadre d’une "visite préparatoire Grundtvig"

L’académie Remscheid, qui a initié le projet et qui en assure désormais la coordination, a réuni des partenaires qui ont tous en commun ce souci de la pédagogie et une ouverture à des méthodes nouvelles d’apprentissage. Le Jugendhof Knivsberg, centre de formation de l’association de Jeunes allemands au Danemark, accueille séminaires et ateliers en tous genres et met l’accent sur la créativité. Mario Nantscheff, lui, est consultant à Nancy et il est spécialisé en management culturel et en communication.

Réunion de travailUne fois ces partenaires réunis, il a fallu donner forme au projet, et si la méthode pédagogique choisie devait être au cœur du projet, encore fallait-il s’entendre avec les partenaires pour définir un thème, une approche, des objectifs communs et un calendrier de rencontres. La solution la plus simple, fut de faire appel à une action bien utile du programme Grundtvig, à savoir la visite préparatoire, qui permet de financer frais de déplacement et de séjour de partenaires se connaissant déjà et voulant préparer leur projet.

L’enthousiasme de Carole Moris pour cette opportunité est sans appel : "c’est génial d’avoir les moyens de se rencontrer pour discuter d’un futur projet !". Et la rencontre, qui remonte maintenant à 2007, fut un succès puisque le thème du projet, "Apprendre comme Fifi Brindacier", a été le fruit de ces passionnantes discussions entre partenaires.

La génèse du projet "Apprendre comme Fifi Brindacier"

Fifi Brindacier, ou Pippi Langstrumpf, pour ceux qui ont lu ses aventures en allemand, l’infatigable héroïne d’Astrid Projet de logo en discussion pour le projet "Lernen wie Pippi Langstrumpf"Lindgren, montre en effet comment un enfant fait l’expérience du monde au jour le jour et apprend à la manière d’un chercheur ou d’un explorateur. La petite fille choisit elle-même, au fil de ses aventures, ses champs d’apprentissage et elle construit, en les explorant, le monde selon son propre système.

Comme le résume Carole Moris, une des clefs de l’apprentissage, c’est l’envie d’apprendre et de découvrir, et c’est bien à partir de cette motivation première, motrice, qu’il s’agit de construire un parcours d’apprentissage personnel qui fasse appel à la découverte, à l’expérience et à tous les sens.

Le but du projet "Apprendre comme Fifi Brindacier", qui a été lancé en 2008, c’est donc, pour chacun des partenaires, de voir comment mettre en pratique dans ses activités quotidiennes cette méthode d’apprentissage systémique et interdisciplinaire. Dans les projets financés dans le cadre de l’action "partenariats éducatifs" du programme Grundtvig, les deux années sont ponctuées par des rencontres entre partenaires qui s’accueillent tour à tour dans leurs pays respectifs.

Un projet ponctué de rencontres riches en échanges et en discussions

Ces rencontres, elles offrent, à en croire Carole et Barbara, un espace libre incomparable pour des échanges de pratiques riches et des discussions intenses : "Nous n’aurions autrement jamais le temps ni les moyens de nous rencontrer quelques jours durant pour nous livrer à des  échanges d’expériences aussi passionnés et passionnants", explique en effet Barbara Feldhoff qui salue l’opportunité offerte par le programme Grundtvig.

Et ce que Barbara et Carole apprécient toutes deux tout particulièrement, ce sont les échanges culturels qui ont pu s’établir. Chaque visite chez un des partenaires est en effet l’occasion de découvrir un pays, sa culture, sa gastronomie aussi, et tant de petites choses du quotidien qui sont différentes ailleurs, même si dans ce projet, tous les La méthode appliquée au thème de l'eau. Exercice pratique : essayer de séparer la forme du contenu.partenaires sont finalement allemands et donc germanophones - ce qui facilite grandement les choses, il faut bien le dire.

Ainsi, au Luxembourg, où les partenaires du projet se sont tous retrouvés en janvier 2009, ils ont pu découvrir l’itinéraire Wenceslas ou encore la Rockhal tandis qu’ils planchaient sur l’importance du concept de "phénomène" pour l’approche pédagogique à laquelle ils s’intéressent. Pendant deux jours, les partenaires ont fait l’expérience de cette approche pédagogique appliquée à l’expression corporelle, à la danse et au mouvement, qui sont les domaines de prédilection des Tournesols.

Explorer les possibilités d’application pratique d’une méthode encore théorique

Car il s’agit en fin de compte dans ce projet d’explorer les possibilités d’appliquer sur différents terrains une ...le résultat de l'exercice pratiqueméthode qui relève encore de la théorie universitaire et de voir comment le transfert peut se faire entre les travaux des chercheurs en sciences de l’éducation et les praticiens de la pédagogie. Et le choc des cultures existe bel et bien à en croire Barbara qui raconte, amusée, comment le très respectable concepteur de cette méthode pédagogique, invité à participer à une des rencontres qui a eu lieu au Danemark, a pu être quelque peu "choqué" par la manière avec laquelle les partenaires du projet abordent, dans la pratique, son approche théorique. Finalement, s’il n’est pas revenu, c’est, selon Carole, parce qu’il a compris qu’il n’avait pas vraiment sa place dans ce groupe.

Car au fil des rencontres, un véritable groupe s’est constitué, un groupe "sympa, ouvert" comme le décrit Barbara qui a d’ores et déjà la certitude, quoiqu’il advienne à l’issue du projet, que "cela continuera, au moins humainement".

Et pour la suite ?

Elargir le projet et créer une mallette pédagogique en vue de la formation continue des enseignants

Discussion sur la mise en image et en espaceLe projet financé dans le cadre de Grundtvig doit en effet durer deux ans et un certain nombre de partenaires, comme l’académie Remscheid ou les partenaires danois, qui ont déjà créé entre temps un Institut für Interdisziplinäre System-Bildung, commencent déjà à réfléchir à un nouveau projet qui inclurait plus de partenaires, venant d’Autriche, d’Italie et peut-être aussi de Bulgarie et de Roumanie dans le but de développer une mallette pédagogique en vue de la formation continue des enseignants.

Mais pour d’autres, comme Barbara et Carole, qui ont le statut d’indépendants, s’engager à nouveau à part entière dans un projet d’une telle envergure ne sera pas évident, car la charge de travail et le temps investi ont pour elles un coût qui ne peut être supporté aussi aisément que pour des organisations. Elles n’en resteront pas là pour autant et espèrent pouvoir continuer à suivre les choses de façon peut-être plus ponctuelle.

Appliquer le concept au Luxembourg dans le cadre du projet "Lebensbühne"

Et ce d’autant plus que le projet leur a ouvert de nombreuses perspectives. Les deux pédagogues ont en effet fait le pari d’appliquer cette approche pédagogique à des personnes se trouvant dans un moment de transition, et notamment les adolescents. Ces derniers se trouvent en effet dans un moment de transition et il s’agit de les aider à faire des choix, à s’orienter par les arts.

A partir du projet intitulé Stop & Go, réalisé en partenariat avec le Service National de la Jeunesse et le Centre d’Orientation scolaire, Barbara et Carole entendent d’ailleurs élargir leur pratique à d’autres groupes de personnes se trouvant elles aussi dans des phases de transition, quel que soit leur âge.

En partant du concept de "labyrinthe", elles espèrent donc aider ces personnes cibles à formuler, par cette méthode d’apprentissage systémique, les questions qu’elles se posent et à trouver surtout les réponses propres à chacun qu’elles appellent. Une nouvelle asbl, "Lebensbühne", vient d’ailleurs d’être fondée pour développer ce projet.

Bilan : un succès tant sur le plan personnel, professionnel que culturel. Et les barrières sont levées pour ce qui est de l’appréhension à l’égard des financements européens

Pour les deux pédagogues, ce projet européen a constitué une opportunité tant sur le plan personnel, professionnel que culturel. Et elles avouent y avoir gagné encore en ouverture et en motivation.

En plus, en tant que partenaires, elles n’ont rencontré aucunement la légendaire difficulté administrative des projets européens. Comme l’explique Carole, rien n’a été bien compliqué et quand il s’est agi par exemple de rédiger le rapport intermédiaire, elle a pu compter sur l’aide et la disponibilité de l’Anefore. Certes Les Tournesols n’avaient pas le rôle de coordinateur, mais Carole a bel et bien perdu toute peur de ce volet administratif qui peut parfois empêcher de vivre de belles aventures européennes !