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Éducation, formation et jeunesse - Énergie
Reportage : Le solateur, une nouvelle profession européenne
Dans le cadre d’un partenariat centré sur la formation, des experts de plusieurs pays européens ont élaboré le profil pour une profession liée à l’énergie solaire
09-12-2009


Atert-Lycée RedangeGérard Anzia est un mordu de l’énergie solaire, un pédagogue et quelqu’un qui est sensible au fait que les Luxembourgeois ne sont pas seuls sur terre, mais ont bien des choses à apprendre et à partager avec les autres Européens. Ce professeur-ingénieur du Lycée Atert de Redange (ALR), activiste d’Eurosolar Luxembourg, une association qui milite en faveur des énergies renouvelables, et engagé aussi dans sa région sur les questions d’énergie, a été contacté en 2007 par ses homologues allemands d’Eurosolar pour participer à un projet dans le cadre du programme Leonardo da Vinci.

L’objectif de ParSolar

L’objectif de ce projet appelé ParSolar : explorer en tant que partenaires dans l’apprentissage de nouvelles perspectives de formation professionnelle dans le domaine des énergies renouvelables, le faire avec des acteurs centraux de la formation professionnelle et de la recherche en Allemagne, Autriche, Italie, Turquie et au Luxembourg, et arriver à développer un profil professionnel européen qui servirait à structurer une formation dans le domaine des énergies renouvelables.

Déblayer le terrain

Gérard Anzia avec son kit expérimentalUne première réunion a eu lieu en janvier 2008 à Munich. D’emblée, il y a eu, comme dans de nombreux projets européens, des difficultés pour se comprendre, dans la mesure où les participants turcs ne parlaient pas l’allemand, ce qui était le cas de tous les autres participants, les Italiens venant de la région du Tyrol du Sud. Et des malentendus aussi ont surgi. Une association allemande pensait que le nouveau collectif allait travailler sur des formations pour des jeunes qui ont quitté l’école prématurément, ou pour des jeunes à troubles comportementaux ou avec des difficultés d’apprentissage. Il aurait donc fallu parler de réparations de cycles et de motocyclettes. Mais tous les autres étaient venus pour parler de l’énergie solaire et des débouchés professionnels qu’elle implique, comme le solateur, néologisme qui désigne l’installateur d’appareils liés à l’énergie solaire. Ce partenaire allemand, qui avait pourtant été parmi les initiateurs du projet, est donc sorti.

Au cours des réunions qui suivirent, la situation dans les Etats des participants fut analysée. Comment fonctionnent les systèmes de formation dans ces pays ? Quel est le potentiel de développement du marché des énergies renouvelables en vertu des analyses de marché disponibles ? Quelle est l’offre de formation disponible à laquelle on pourrait se référer ? Y a-t-il un besoin pour une nouvelle formation professionnelle et si oui, dans quelle mesure ? Quelles seraient les exigences minimales pour une telle formation ? Et puis, une question importante, qui joue un rôle croissant dans les projets européens : comment faudrait-il concevoir une nouvelle formation professionnelle pour la rendre attrayante pour les deux genres ? Quelles stratégies faudrait-il encore concevoir pour qu’une telle formation professionnelle puisse être mise en œuvre ? Comment impliquer les partenaires sociaux, les ministères, ... ?

Les partenaires, futur réseau

Photo de groupe lors d'une des réunionsEn travaillant sur ces questions, les différents partenaires qui sont restés ont développé un réseau à la fois transnational et interdisciplinaire. Car, au-delà des lieux de formation comme l’ALR de Redange et la Landesberufsschule Bozen für Handwerk und Industrie, participaient aussi la Chambre industrielle et de commerce de Usak en Turquie et la Chambre des Métiers de Luxembourg, des instituts de recherche ou de conseil comme apollis, une firme italienne germanophone spécialisée dans les sondages, entre autres dans le domaine de la formation professionnelle, l’IFZ - Interuniversitäres Forschungszentrum für Technik, Arbeit und Kultur de Graz, à l’intersection entre l’homme et la technique, conSalis, une société autrichienne en conseil de développement, ici sollicitée pour ses compétences dans le domaine de l’égalité des genres, l’Université de Usak qui forme des ingénieurs, et finalement Arsenal, un institut de recherche autrichien qui a fourni des idées sur les mesures de qualification à prendre dans le cadre du développement des énergies renouvelables.

Les réunions en Autriche, en Italie, au Luxembourg et en Turquie étaient émaillées de visites d’écoles, de lieux de formation et d’installations énergétiques, de démonstrations d’équipements pédagogiques aussi. Avec tant de compétences réunies venues de "mondes différents" et de bonne volonté, le projet devait pour Gérard Anzia déboucher sur quelque chose d’utile. Et c’est ce qu’il a fait avec ce que l’ingénieur de Redange appelle un "document normatif".

Le profil du solateur

EurosolarCe document, dans lequel la contribution luxembourgeoise est essentielle, définit et développe le profil professionnel du solateur. Il n’insiste pas seulement sur la technicité de la profession, mais aussi sur les notions de fiabilité et de relation avec le client. Le solateur planifie et construit donc des installations à énergie renouvelable pour le chauffage de l’eau et la production d’électricité. Il conseille et informe le client et les personnes intéressées sur les moyens techniques qui existent et sur les aides auxquelles ils pourraient avoir droit. Il conseille aussi sur la taille de l’installation nécessaire et calcule le produit énergétique de l’installation. Il est aussi responsable de l’entretien et des réparations.

Le solateur doit également être indépendant et prendre des responsabilités. Il doit être fiable dans ses informations, et donc continuer à s’informer et à s’intéresser aux nouveautés dans son domaine. Mais le solateur doit encore avoir bien d’autres qualités, comme une bonne connaissance des administrations, des capacités organisationnelles, et il doit faire preuve d’amabilité, d’esprit d’équipe, tout en veillant à la manière dont il présente son travail.

Cinq domaines de formation ont ainsi été identifiés : la planification et la rédaction des offres,  le montage et la mise en fonction des installations, l’entretien et les travaux de réparation, le conseil en énergie et finalement le travail avec les clients et le marketing. 

Qu’est-ce qui reste d’un projet ?

Lifelong Learning ProgrammeEt maintenant, quel sera le sort du document qui est le fruit de plusieurs réunions de ParSolar qui ont déplacé à chaque fois une vingtaine de personnes ? Il sera accessible au public intéressé. Et ceux qui sont actifs dans leurs instances nationales de formation vont l’introduire comme terme de référence dans les discussions sur les curricula de formation auxquels ils participent. Ainsi, au Luxembourg, l’ALR offre une formation technique qui concerne l’équipement énergétique et technique du bâtiment et un module de spécialisation dans les techniques de l’énergie solaire. On est loin de la formation professionnelle complète esquissée par ParSol, nous a précisé Gérard Anzia, mais des éléments seront repris. Tel que le marché se présente actuellement, un solateur ne peut pas être que solateur. Il doit au moins aussi être électricien ou chauffagiste s’il veut vivre de son métier.

Qu’est-ce qui restera encore de ces réunions ? Un vaste transfert de connaissances d’abord, qui a notamment été important au niveau technique pour les partenaires turcs. Puis la confrontation d’expériences venant d’horizons professionnels si divers. Pour Gérard Anzia, il a aussi été important de connaître de nouveaux équipements pédagogiques. Le budget de mobilité du projet lui a permis d’acquérir un kit expérimental qui est utilisé à l’ALR. A ne pas négliger non plus, sur le long terme, le réseau de travail et les amitiés qui se sont nouées, au-delà des différences culturelles, grâce à ce type très particulier de convivialité qui s’établit lors de coopérations transnationales. Des échanges se feront sûrement en dehors du projet. "Un projet européen est toujours une pochette-surprise", remarque, amusé, presque nostalgique, l’ingénieur de Redange.

Leonardo, facile d’abord

Le Lycée Atert de Redange reçoit le label "Leonardo Schoul 2008-2010"Le projet a bénéficié d’un financement dans le cadre de l’action "Partenariat" du programme Leonardo da Vinci, un volet du programme qui sert de cadre à des activités de coopération à petite échelle entre des organisations actives dans le domaine de l’enseignement et de la formation professionnels désireuses de collaborer sur des thèmes présentant un intérêt mutuel.

Pour Gérard Anzia, qui tient à insister sur le bon travail effectué par ANEFORE (l'Agence nationale pour le programme européen d'éducation et de formation tout au long de la vie), les modalités formelles du projet sont faciles à manier. Le budget de mobilité est suffisant. Dans la mesure où il est professeur, sa participation au projet n’a pas d’impact pour son employeur. Il s’agit seulement de s’arranger avec les confrères pour que les leçons qui n’ont pu être tenues selon l’horaire initial puissent l’être à un autre moment. Pour d’autres professionnels, ces projets peuvent cependant représenter un véritable défi, car déplacement et réunions exigent plusieurs jours de disponibilité. Il faut surtout, pense Gérard Anzia, que le nombre de partenaires soit suffisant, jamais en dessous de cinq. Sinon un projet risque de n’être que "pure perte de temps". Ce qui n’a pas été le cas avec ParSol !