Le Secrétariat européen commun de la CGT-L (OGBL/FNCTTFEL) et du LCGB, en abrégé SECEC, est une structure qui fut créée par les deux syndicats afin de mieux gérer et organiser leur implication dans les affaires syndicales au niveau européen. Peu à peu le champ d’activités de ce secrétariat s’est élargi. Il regroupe aujourd’hui les activités aux niveaux européen, international et régional des deux syndicats. Europaforum.lu a rencontré ses responsables, Nico Clement, secrétaire général de la CGT-L (OGBL/FNCTTFEL), Viviane Goergen, secrétaire générale adjointe du LCGB, ainsi que leur chargé de mission, Christophe Knebeler. Voici une petite visite auprès de ce bureau aux apparences un peu techniques et abstraites, mais au fond très concret et actif.
Le SECEC a été créé en 1996, sur l’initiative de Jean-Claude Reding (OGBL) et de Léon Drucker (LCGB). D’après Viviane Goergen, les deux initiateurs étaient partis d’un constat : si l’on mettait les énergies des deux organisations en commun, ce serait plus facile de suivre les travaux européens, mais aussi de défendre les positions des salariés luxembourgeois à Bruxelles.
Des bureaux furent alors loués à Bonnevoie, et une secrétaire-coordinatrice fut embauchée pour coordonner les travaux du nouveau secrétariat. Aujourd’hui, la structure fonctionne toujours selon le même principe. Deux responsables aux affaires européennes ou internationales sont délégués par leur syndicat. "Nico Clement et moi, continuons à travailler dans nos syndicats respectifs. Nous avons nos réunions régulières", explique Viviane Goergen. "Mais pour 80 % du temps, nous nous occupons de dossiers européens, voire internationaux ou régionaux", ajoute son homologue, Nico Clement. Aujourd’hui, le SECEC a déménagé au boulevard Napoléon 1er, derrière le stade de la ville de Luxembourg. Un chargé de mission, Christophe Knebeler, ainsi que la secrétaire Nicole Braun sont les deux employés permanents du bureau. Un comité de coordination a été placé à la tête du SECEC. Il regroupe les présidents des deux syndicats, les deux responsables aux affaires européennes et d’autres membres spécialisées dans l’une ou l’autre question européenne.
A ses débuts, les champs de responsabilité du SECEC étaient limités aux affaires européennes. Peu à peu, ses activités se sont toutefois étendues aux affaires internationales et régionales. L’on peut distinguer essentiellement trois de ces niveaux : européen, régional et international.
Les affaires européennes d’abord. C’est le volet européen et la participation à la Confédération européenne des syndicats (CES) qui occupe la plus grande partie de l’emploi du temps du SECEC. Réunions, réunions, et encore réunions, c’est ainsi que l’on pourrait résumer de manière rudimentaire les activités du SECEC à Bruxelles. "Le CES a toute une série de comités et de groupes de travail fixes, auxquels nous participons", explique Viviane Goergen. Il y a par exemple les comités "Coordination de la négociation collective" et "Dialogue social" ainsi que le groupe de travail "Participation des travailleurs".
Viviane Goergen et Nico Clement participent pour une grande partie à ces réunions. Mais ils délèguent également une partie du travail à d’autres membres de leur syndicat, des "spécialistes" pour les différents sujets. "Afin de mieux gérer tout ce travail, nous avons décidé de nous partager les tâches entre les deux syndicats", résume la responsable du LCGB. Ainsi, à chaque groupe de travail participent un membre effectif et un suppléant. "Nous avons instauré un système de rotation", explique Viviane Goergen. Tous les quatre ans, un des syndicats prend la fonction d’effectif et l’autre de suppléant. "Vu le nombre impressionnant de groupes de travail, un syndicat ne pourrait pas gérer tout le travail à lui tout seul", confirme Nico Clement.
La création d’un secrétariat commun est une véritable aubaine pour un petit mouvement syndical tel que le Luxembourg. "Notre influence à Bruxelles est disproportionnée par rapport à notre petite taille. Certains s’en étonnent", sourit Nico Clement. Pour lui, c’est grâce au SECEC que le Luxembourg a pu gagner une influence en Europe. Les syndicats luxembourgeois sont par ailleurs les seuls qui se sont dotés d’une pareille structure. "La plupart des syndicats ont leurs bureaux et leurs représentants à Bruxelles. Dans chaque Etat membre, l’on essaie de se coordonner, mais cela ne se passe pas de manière aussi approfondie que chez nous", explique Viviane Goergen. Le SECEC a d’ailleurs délibérément opté à garder ses bureaux au Luxembourg. "Nous avons toutes les autres activités à mener. Un représentant à Bruxelles pourrait éventuellement reprendre les activités internationales, mais pour le volet régional, cela n’irait pas. Cette personne serait simplement trop éloignée du Luxembourg et des politiques nationales sur le terrain. Nous avons régulièrement des réunions avec tous les acteurs politiques nationaux. C’est difficilement gérable à partir de Bruxelles", avance la responsable du LCGB.
Quel est alors le mérite concret du SECEC dans les décisions européennes ? D’après Nico Clement, le Luxembourg a une voix qui pèse lourd au sein des discussions. "Nous avons par exemple considérablement influencé les débats sur la directive ‘temps de travail’", relève le responsable de l’OGBL. D’après lui, le SECEC fut un des premiers à réagir sur cette directive et à insister sur ses "effets néfastes". Aux yeux de Viviane Goergen, le fait qu’elle est pour l’instant présidente du Comité des femmes de la CES joue également un rôle non négligeable. "Grâce à cette présidence, je peux participer à toute une série d’activités dans lesquelles le Luxembourg traditionnellement ne pèse pas très lourd. Ma présidence a facilité les contacts à Bruxelles, qui deviennent plus personnels. C’est très important. Parfois, il suffit de donner un coup de téléphone pour régler des problèmes, au lieu de passer par les interminables voies officielles", estime-t-elle.
Comment la prise de décision et les discussions se passent-ils entre les syndicats à Bruxelles ? Est-ce qu’il faut toujours négocier intensément pour obtenir un consensus ? "Non", juge Viviane Goergen, "la plupart du temps, nous sommes tous sur une même ligne". "Bien sûr, à 27, ce n’est pas toujours facile. Parfois nous nous perdons un peu dans les discussions", reconnaît-elle. "Mais en général, nous partageons les mêmes points de vue". "Temps de travail, détachement, ce n’est pas très difficile d’être d’accord que ces directives vont à l’encontre de l’Europe sociale", ajoute Nico Clement. Et là-dessus, l’OGBL et le LCGB sont toujours d’accord. Pas comme au Luxembourg. Mais là aussi, selon les deux responsables, le diable serait plutôt dans le détail que dans les grandes lignes.
Depuis un moment, le SECEC a vu ses responsabilités s’élargir aux niveaux régional et international. Aux yeux de Nico Clement, les activités syndicales au niveau de la Grande Région sont très importantes pour le Luxembourg et l’Europe. Clement est actuellement président de la Plate-forme syndicale de la Grande Région (PSGR), qui, tout comme la Présidence du Sommet de la Grande Région au niveau politique, fonctionne selon un principe de rotation. "La dimension régionale est très importante pour nous. Souvent, les initiatives dans la Grande Région servent de modèle ou d’inspiration pour les activités syndicales en Europe", insiste Nico Clément. "La Grande Région est la région la plus mobile et un des centres économiques de l’Union européenne. Nous avons déjà souvent joué le rôle de précurseurs pour les décisions européennes", relève-t-il.
Au niveau de la Grande Région, il existe deux structures syndicales transfrontalières. Il s’agit de l’Interrégionale syndicale des trois frontières (IRS) et du Conseil Syndical Interrégional (CSI) Sarre-Lor-Lux-Trèves/Palatinat occidental. "La première est une structure sans les syndicats allemands, la deuxième sans les collègues belges", explique Nico Clement. "Nous avons ainsi essayé de nous spécialiser dans les deux structures sur les questions qui touchent particulièrement nos partenaires respectifs", ajoute-t-il. Selon lui, la Plate-forme syndicale est née de la nécessité de coordonner les deux organes indépendants. Elle représente environ un demi-million de membres de la Grande Région.
Dans le cadre de cette présidence, les syndicalistes luxembourgeois organisent toute une série d’activités et de manifestations. Distribuer des tractes dans les rues, initier des contacts politiques, coordonner les activités syndicales, organiser un Sommet syndical de la Grande Région, voilà seulement une partie des activités prévues dans le cadre de la présidence.
Les rencontres avec les politiques sont très importantes. "Cette semaine, nous sommes à Strasbourg, et nous rencontrons 18 des 27 eurodéputés de la Grande Région", nous raconte Nico Clement, pour illustrer son propos. Le rôle du SECEC dans la présidence de la Plate-forme syndicale, c’est d’organiser les travaux de secrétariat. "Le secrétariat, c’est toujours la plus grande partie du boulot. Toute la coordination se fait à partir du SECEC", raconte son président. A cela s’ajoute pour l’instant le secrétariat du CSI. "Nous avons donc des activités très complexes", affirme Nico Clement.
Dans la vision de Viviane Goergen et de Nico Clement, l’engagement des syndicats au niveau européen est très important pour le maintien d’une Europe sociale et équitable. "Nous syndicats sommes les gardiens de l’Europe sociale", soulignent les deux. Selon eux, "sans les syndicats, la vie serait certainement beaucoup plus dure pour les salariés européens". "Les phénomènes comme le dumping social seraient encore beaucoup plus prononcés", met en garde Nico Clement. "Mais en tant que syndicats, nous ne sommes pas contre l’idée de l’Europe et de l’intégration communautaire. Au contraire, nous avons dès le début soutenu l’intégration européenne. C’est pourquoi nous nous engageons également si intensément dans les affaires européennes", a-t-il insisté.
Arrêts Laval, Viking, Rüffert, jurisprudence contre le Luxembourg concernant la directive détachement, n’est-ce pas à se décourager et à se lasser de cette Europe ? "Non, nous ne nous décourageons pas si vite que ça. Car nous estimons qu’à la longue, nous serons du côté des gagnants", sourit Clément. "Il y a peut-être de la déception dans l’air, dans le sens où nous nous demandons s’il est juste que ce soit la Cour de Justice qui fasse la politique européenne", dit Viviane Goergen, qui s’insurge contre la CJCE qui a jugé que le Luxembourg "menait une politique sociale trop protectrice". D’où la nécessité selon elle que les syndicats s’organisent et s’engagent encore et encore dans les affaires européennes.