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Emploi et politique sociale
Le projet Start du Centre Emmanuel ou comment réintégrer des personnes toxicomanes sur le marché du travail
05-02-2008


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Le projet Start en chiffres

Budget du projet : 475 000 euros
Durée du budget : 1.1.2007-31.12.2008
Organes financeurs : FSE (45%), Ministère du Travail (55%)
Nombre de bénéficiaires actuels du projet : 90
Contrats signés depuis le lancement du projet : 12
Contrats interrompus : 3


La cure de désintoxication représente souvent un point crucial dans la vie d’un toxicomane qui vise l’abstinence. En revenant d’un centre thérapeutique, le retour à une vie "normale", sinon "active", semble souvent poser un certain nombre de problèmes. Souvent peu qualifiée, la personne toxicomane peut éprouver de réelles difficultés à réintégrer le marché de l’emploi. Pourtant, l’ennui et l’inactivité sont fréquemment une des raisons de rechute d’anciens dépendants. Pour les aider sur leur chemin de retour, souvent cahoteux, sur le marché du travail, le Centre Emmanuel a lancé en 2007 le projet Start, qui est cofinancé par le Fonds social européen (FSE).

Présenté au FSE en 2006 par le Centre Emmanuel  "Hëllef fir drogenofhängeg Jugendlech an hir Familljen", le projet fonctionne depuis janvier 2007. Prévu pour une période de deux ans et destiné initialement aux personnes toxicomanes et aux personnes présentant un double diagnostic de toxicomanie et de problèmes psychiques, il fut ultérieurement ouvert à un public plus large. "Pour pouvoir bénéficier du projet, il faut remplir une seule condition : être inscrit à l’ADEM , et éprouver des difficultés à trouver un travail", explique Carlo Thull, le chargé de direction du projet.

Le Centre Emmanuel est une asbl qui s’est donnée pour mission principale la consultation de jeunes toxicomanes. Il disposait déjà d’une expérience dans l’accompagnement des personnes en difficulté à réintégrer le marché du travail. D’où l’idée de consacrer un projet à part entière à cette tâche. Le Fond social européen fournit 45 % du budget de 475 000 d’euros, et le Ministère du Travail et de l’Emploi les 55 % restants.

Les outils du projet : formation, job coaching, et suivi socio-professionnel

L'équipe du projet Start du Centre EmmanuelLe projet Start se définit autour de deux idées principales. La première mission consiste à réintégrer les clients dans le marché du travail. La deuxième vise à assurer le maintien à l’emploi, une fois que les bénéficiaires ont été intégrés dans une entreprise. Afin de mener à bien ces deux objectifs, l’équipe du projet a élaboré une méthodologie qui repose sur plusieurs axes. Les outils privilégiés sont le job coaching ainsi que le suivi socioprofessionnel du bénéficiaire. Globalement, la démarche comporte quatre étapes.

Tout d’abord, lorsqu’un nouveau client se présente au Centre Emmanuel, l’équipe lui propose en général trois à quatre entretiens, qui permettent aux responsables d’élaborer une évaluation de la situation de la personne : quel est son état médical et psychique, quelles sont ses qualifications, ses forces et faiblesses. Dans une deuxième phase, le projet professionnel est défini en collaboration étroite avec le client. Les responsables du projet aident le client à rédiger un CV, il a l’occasion de suivre des formations supplémentaires, etc.

Lorsqu’une entreprise décide d’embaucher un client, un contrat de travail est élaboré. "Il s’agit d’un contrat de travail normal, tel qu’il est inscrit dans la législation du travail", explique Carlo Thull. "Nous n’intervenons pas dans cette étape." Parallèlement, une convention tripartite est signée par l’employeur, l’employé et le Centre Emmanuel. Cette convention fixe les modalités de subventionnement, le job coaching et le suivi professionnel.

Pendant les 9 premiers mois du contrat, le Centre Emmanuel prend en charge 50 % du revenu social minimum. Le patron s’engage à payer l’autre moitié plus les charges patronales. En 2007, seulement 6 mois étaient pris en charge par le Centre Emmanuel.

Finalement, le Centre Emmanuel assure l’accompagnement et le suivi socioprofessionnel durant les 9 premiers mois. Ce suivi est dégressif. L’employeur peut lui aussi profiter des conseils et d’un suivi du Centre Emmanuel. "Il est rassurant pour les patrons et pour les employés de savoir qu’ils ne sont pas seuls, mais qu’ils peuvent s’adresser à quelqu’un en cas de difficultés", explique Grégory Lambrette, le psychologue de l’équipe.

Les bénéficiaires du projet : une clientèle diversifiée

Le nombre de bénéficiaires du projet a atteint le nombre considérable de 90 personnes. Ils viennent des horizons les plus divers. "Notre clientèle englobe aussi bien les toxicomanes "classiques", abstinents ou non, qui sont à la recherche d’un emploi, tout comme nous pouvons avoir un homme vivant à la rue et à la recherche d’un emploi, mais qui n’a pas de problème liée à une dépendance", souligne Carlo Thull.

La plupart des bénéficiaires du projet sont des hommes Selon Carlo Thull, les femmes sont beaucoup moins représentées dans cet environnement. Le parcours des femmes toxicomanes est par contre souvent plus "dur" que celui des hommes. Bien qu’une majorité des clients soit âgés entre 25 et 35 ans, toutes les personnes ayant atteint la majorité peuvent bénéficier du programme. Pourtant, un bon nombre des clients de Start, et en particulier les personnes toxicomanes, ont une chose en commun : leur faible niveau de qualification. "La plupart des toxicomanes abandonnent leurs études à un jeune âge", dit Grégory Lambrette.

Parmi les personnes toxicomanes qui font appel à l’aide du projet, la plupart reviennent d’une thérapie. La période après le sevrage est très difficile pour un toxicomane. "Le rythme de ces thérapies est très soutenu. Ils sont habitués à un quotidien structuré. Quand ils reviennent de ce type d’institutions, ils n’ont pas d’occupation et tombent dans l’ennui", explique Carlo Thull. Avoir un emploi est donc pour un toxicomane doublement important. Tout d’abord parce qu’il lui permet d’avoir une ressource financière stable. Mais travailler est également une bonne occupation qui structure la journée. Selon le chargé de direction, l’ennui et l’inactivité sont souvent une des raisons de rechute d’anciens dépendants.

"Trouver un emploi pour tous, même pour les cas les plus difficiles"

En 2007, l’équipe, qui se compose de Franco Settani (éducateur gradué), Ginani Micucci (assistant social) et de Grégory Lambrette, a réussi à placer 10 clients dans des entreprises, dont 7 travaillent encore sous contrat. En janvier 2008, deux contrats ont déjà été signés. "Il faut pourtant considérer que nous avons à faire à des clients assez difficiles", dit Carlo Thull. "Un grand nombre d’entre eux n’ont pas beaucoup ou aucune expérience du marché du travail". Or, l’objectif du projet Start n’est pas de promouvoir uniquement leurs meilleurs clients, mais de trouver un emploi pour tous. "Tout le monde doit avoir la chance de faire des expériences", avance le responsable. Par conséquent, il faut trouver des entreprises prêtes à embaucher même les cas les plus difficiles.

Pour les initiateurs du projet, il est essentiel de trouver des emplois dans le premier marché de travail. Ils veulent éviter d’intégrer les personnes dans les mesures d’aide à l’emploi. Selon eux, c’est un cercle vicieux, puisque l’occupation n’aboutit pas à un contrat de travail. "Une personne peut dans le second marché de travail sans jamais en sortir. Elle aura travaillé 10 ans, mais sans à la fin avoir obtenu un emploi durable", souligne Carlo Thull.

"Une solidarité qui semble régner dans l’esprit des entreprises"

Les entreprises avec lesquelles Start collabore viennent des secteurs très différents. "Comme nous ne savons pas quelles sont les qualifications de nos futurs clients, nous travaillons selon le principe "just in time", explique Carlo Thull. En 2007, son équipe a placé des clients dans des entreprises de construction, de restauration, ou encore dans une entreprise qui s’occupe du lavage de voitures.

A l’heure actuelle, Start dispose de deux entreprises qui reprennent régulièrement des gens qualifiés et non qualifiés. Mais qu’est-ce qui motive les entreprises à embaucher des personnes très éloignées du marché de travail ? "Les subventions jouent certainement un rôle pour les entreprises de taille moyenne", estime Carlo Thull. D’autre part, il semble exister une certaine ambiance de solidarité dans l’ensemble du marché de travail. De ce côté-là, l’équipe a fait de bonnes expériences. "La plupart des entreprises que nous avons contactées sont prêtes à prendre des gens très éloignés du marché de travail. Il y a seulement un cas où ça s’est moins bien passé. Nous étions positivement surpris", raconte Grégory Lambrette. 

Le Centre Emmanuel : origines et philosophies générale

En dehors du projet Start, le Centre Emmanuel est un service de consultation et d’orientation pour les personnes toxicomanes ou alcooliques.  Fondé il y a onze ans par un ex-toxicomane, Centre Emmanuel asbl s’est peu à peu développé pour proposer aussi bien un suvi ambulatoire qu’un accompagnement dans le cadre de projets thérapeutiques portés sur le territoire belge, allemand ou italien.

Le Centre Emmanuel est rattaché à la Fondation Caritas. En 2004, il a reçu le prix de la Qualité dans la catégorie "Organisme d’utilité publique". Sa philosophie générale? Amener le toxicomane à la plus grande indépendance possible. Significatif : le nom de leur site internet est www.autonomie.lu

En 2008, le Centre Emmanuel signera également une convention avec la Prison de Schrassig, qui vise une réintégration plus aisée des détenus qui finiront leur peine au courant de l’année 2008. Pour préparer les détenus à leur remise en liberté et leur réintégration du marché de travail, les responsables du Centre Emmanuel se rendent régulièrement à Schrassig.