Énergie - Politique étrangère et de défense
L’UE, la crise politique ukrainienne, le conflit en Ukraine et ses difficiles relations avec la Russie


Depuis le début de l’année 2014, les relations entre l’Union européenne et la Fédération de Russie se sont largement détériorées dans un contexte de tensions et de sanctions réciproques liées à la crise politique en Ukraine et à la rébellion séparatiste armée dans ce pays.

Pour mémoire, les tensions entre l’UE et la Russie qui ont abouti à la situation actuelle se sont exacerbées au lendemain du sommet du Partenariat oriental de novembre 2013 qui avait échoué à rapprocher l’UE et l’Ukraine. Le président Viktor Ianoukovitch avait alors refusé – sur demande de la Russie – de signer un accord d’association avec l’UE, provoquant l’ire d’une opposition pro-européenne qui s’est alors massivement mobilisée pendant plusieurs mois lors des manifestations de la place du Maïdan à Kiev.

La crise politique qui en a résulté a connu une escalade dans la violence à plusieurs reprises. La plus grave s’est produite le 18 février 2014, lorsque des affrontements ont causé la mort de plusieurs dizaines de personnes. Quatre jours de troubles plus tard, le 22 février, le président Ianoukovitch est finalement destitué par le Parlement ukrainien et fuit vers la Russie.

Cette destitution, jugée inconstitutionnelle par la Russie, va être le point de départ de tensions séparatistes en Ukraine exprimées dans la République autonome de Crimée et dans l’Est du pays où sont organisées de nombreuses manifestations pro-russes. En Crimée, des groupes armés non-identifiés prennent le contrôle de plusieurs lieux stratégiques et un référendum demandant le rattachement à la Russie est organisé le 16 mars 2014, prélude à l’annexion officielle de cette partie de l’Ukraine par la Russie deux jours plus tard.

Un exemple suivi dans les régions orientales de Donetsk et Lougansk, dont les autorités rebelles auto-proclamées organisent leurs référendums d’indépendance le 11 mai 2014 – jugés illégaux par l’UE – et demandent leur rattachement à la Russie, sans que cette fois Moscou ne les reconnaisse. C’est dans la région de Donetsk que sera d’ailleurs abattu le 17 juillet 2014 l’avion civil de la Malaysian Airlines, supposément par un missile tiré depuis une zone contrôlée par les séparatistes, faisant 298 victimes et provoquant une réprobation internationale.

Dans ces deux régions, les combats violents qui opposent les séparatistes pro-russes aux forces régulières de Kiev avaient fait en janvier 2015 plus de 5 400 victimes et plusieurs centaines de milliers de déplacés depuis le début du conflit en avril 2014, selon l’OSCE. Cela malgré la signature, le 5 septembre 2014, des accords de Minsk entre représentants des séparatistes et du gouvernement ukrainien, qui prévoyaient notamment un cessez-le-feu – constamment violé –, le retrait des groupes armés illégaux et de l’équipement militaire ainsi que la sécurisation de la frontière russo-ukrainienne sous le contrôle de l’OSCE.

Dans ce contexte, l’UE, tout en prônant la voie du dialogue, a progressivement accentué la pression contre les séparatistes ukrainiens pro-russes et la Russie. Après une première série de mesures restrictives individuelles décrétées en mars 2014 contre la Russie suite à la déstabilisation, puis l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée, l’UE a ainsi introduit des mesures de rétorsion économiques "de grande envergure".

Après le gel des avoirs dans l’UE et l’interdiction de visas décidés contre une liste de Russes et d’Ukrainiens menaçant "l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine" (liste qui comporte désormais 132 personnes et 28 entités), l’UE a visé dès juillet 2014 la coopération sectorielle et les échanges avec la Russie. Un choix motivé par l'attentat contre le vol de la Malaysian Airlines, alors que Moscou est accusé par les dirigeants européens de soutenir la rébellion séparatiste dans l’Est de l’Ukraine en fournissant hommes et matériel. Une nouvelle flambée de violence au cours du mois de janvier 2015 a suscité de nouvelles menaces de sanctions de la part de l’UE.

De son côté, la Russie, dont l’économie a été largement touchée par ces sanctions, a riposté par la mise en place d’un embargo sur les produits agricoles européens, ce qui a suscité l’inquiétude du secteur dans plusieurs Etats membres. Par ailleurs, justifiant des factures impayées de gaz par l’Ukraine, la Russie a menacé à plusieurs reprises de cesser ses livraisons vers le principal pays de transit du gaz russe dans l’UE, ce qui a poussé les Etats membres à mener une nouvelle réflexion sur la sécurité énergétique de l’Union.

Dans ce dossier, Europaforum.lu retrace ainsi l’évolution des relations entre l’UE, l’Ukraine et la Russie depuis l’échec du sommet du Partenariat oriental de 2013 à travers le prisme des décisions des différentes institutions européennes, mais également celui des prises de positions du gouvernement luxembourgeois, régulièrement exprimées par son ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn.