Migration et asile - Droits fondamentaux, lutte contre la discrimination - Traités et Affaires institutionnelles
Le volet européen de la déclaration de politique étrangère de Jean Asselborn – Le chef de la diplomatie luxembourgeoise a mis l’accent sur l’importance des valeurs qui fondent l’Union européenne
21-03-2017


Jean Asselborn a prononcé le mardi 21 mars 2017 la déclaration sur la politique étrangère et européenne à la Chambre des députés (c) CHDJean Asselborn, ministre des Affaires étrangères et européennes et ministre de l’Immigration, a prononcé le 21 mars 2017 devant la Chambre réunie en plénière sa traditionnelle déclaration de politique étrangère.

"Nous vivons dans un monde plus divisé, plus désorienté et plus dangereux", bref "plus chaotique", a constaté le chef de la diplomatie luxembourgeoise en faisant référence à la déclaration qu’il avait faite un an auparavant devant les mêmes députés. Dans son discours qui lui a permis de livrer les grandes orientations de la politique étrangère du pays, la politique européenne a pris une place essentielle. 

"L’Union europénne continue d’être dans une crise existentielle", a en effet constaté Jean Asselborn, qui s’est montré particulièrement inquiet devant la montée du nationalisme et du populisme, mais aussi devant la difficulté d’offrir la réponse politique juste aux questions d’une population insécurisée par la mondialisation. Face aux difficultés toujours plus grandes qu’il observe dans la coopération au sein de l’UE et dans le monde, Jean Asselborn a lancé un appel vibrant à utiliser "tous les moyens démocratiques qui sont à notre disposition" pour "défendre nos libertés et nos valeurs" et pour nous "engager pour le projet de paix européen, pour la coopération et l’intégration".

"Il faut tout faire pour empêcher que les populistes ne s’ancrent dans notre système démocratique", a encore lancé un ministre inquiet de voir l’Etat de droit et les droits fondamentaux menacés. Selon lui, la réponse qu’il convient d’apporter est "une dimension sociale plus forte de l’Union européenne", ce qui passe à ses yeux par la nécessité d’une plus grande solidarité dans l’Union européenne.

La question migratoire

La question de la solidarité a été un maître mot de l’allocution du ministre lorsqu’il a pris le temps de faire le point sur la question migratoire, en rappelant avant tout que le sujet est complexe, et que derrière les chiffres se cachent la réalité de vies humaines.

"L’Europe a besoin d’une approche commune" et la recherche de solutions européennes reste pour Jean Asselborn le seul moyen de faire face à cette problématique. Le chef de la diplomatie luxembourgeoise a exclu la possibilité pour l’UE d’appliquer des politiques comparables à celles de l’Australie ou du Japon, ne serait-ce que pour des raisons géographiques. "L’UE doit garantir aux réfugiés le plus haut niveau de protection", a rappelé le ministre en insistant sur le fait que "nous devons tous, sans exception, assumer notre responsabilité".

Revenant sur la déclaration UE-Turquie, signée un an auparavant, Jean Asselborn, qui n’en n’oublie pas "les faiblesses", a souligné que cet accord avait permis de stopper le modèle économique des passeurs et de réduire considérablement le nombre de personnes tentant de rejoindre le territoire de l’UE par une traversée périlleuse de la mer Egée.

Prenant position sur l’idée, en vogue dans certains pays de l’UE, de traiter les demandes d’asile en dehors de l’UE, Jean Asselborn a insisté sur le fait que cela ne pouvait fonctionner que dans le cadre strict d’une coopération avec l’UNHCR. "Dans des camps comme il en existe actuellement en Libye, c’est exclu", a-t-il prévenu. Le ministre a aussi tenu à souligner qu’il n’y avait pas de pays sûr en dehors de l’UE où renvoyer les réfugiés sauvés en Méditerranée occidentale.

Jean Asselborn a aussi évoqué les pactes migratoires conclus par avec différents pays africains dans la foulée du sommet de La Vallette. "La situation migratoire est un volet de l’aide humanitaire et de l’aide au développement, mais nous ne faisons pas de politique d’aide au développement dans le seul but d’empêcher la migration", a rappelé le ministre avec insistance.

Si le nombre de demandeurs d’asile a un peu reculé en 2016, il n’en reste pas moins que "l’Italie et la Grèce ne peuvent être laissées seules", a rappelé le ministre en listant les mesures prises pour les soutenir par le Luxembourg, conformément à ses engagements en termes de détachement d’experts, de mise à disposition de traducteurs, de réinstallation et de relocalisation. L’occasion de réitérer un appel à la solidarité envers ces deux pays.

Les propositions de la Commission pour réformer le système européen d’asile sont "malheureusement bloquées tant que la discussion sur la solidarité se poursuit", a déploré le ministre, conscient qu’il devient de plus en plus difficile de trouver un compromis en matière de politique migratoire. "Les actions isolées de certains pays mettent en danger les acquis collectifs", a souligné le ministre en rappelant que l’UE a besoin de volonté politique pour parvenir à une approche qui considère tous les aspects de la question migratoire et qui soit basée sur les valeurs d’ouverture, de tolérance et de respects, et ce dans tous ses Etats membres.

Le Brexit

A quelques jours à peine de l’activation de l’article 50 par le Royaume-Uni, qui va déclencher les négociations de sortie du pays de l’Union européenne, Jean Asselborn a rappelé que "personne ne sortirait gagnant du Brexit". Si le Luxembourg regrette le résultat du référendum du 23 juin 2016, le chef de la diplomatie luxembourgeoise a toutefois souligné que "le Royaume-Uni ne doit pas être puni pour cette décision". Il importe en effet à ses yeux de continuer à avoir de "bonnes relations" avec les Britanniques, ce qui doit passer selon lui par des "négociations équitables et transparentes". "Mais il faut veiller à ce que les 27 n’aient pas à payer le prix pour cette décision", a toutefois mis en garde Jean Asselborn qui estime qu’il ne serait "pas acceptable que nous allions moins bien que le Royaume-Uni à l’issue des négociations".

Parmi les sujets qui vont devoir être abordés dans les négociations qui s’annoncent "extrêmement difficiles et compliquées", Jean Asselborn a évoqué comme un élément clef la question de la contribution britannique au budget de l’UE. "Le Royaume-Uni doit remplir toutes ses obligations prévues par le cadre financier pluri-annuel 2014-2020", a affirmé Jean Asselborn, pour qui il importe d’empêcher que le Brexit de creuse un "trop gros trou dans le budget de l’UE".

Le chef de la diplomatie luxembourgeois a aussi souligné l’importance de la question des droits des 2,5 millions de citoyens de l’UE qui vivent au Royaume-Uni (parmil lesquels 700 Luxembourgeois et près de 1000 étudiants) et des 1,2 million de Britanniques qui vivent dans d’autres pays de l’UE, dont 6000 au Luxembourg. Jean Asselborn, qui entend veiller à ce que ces citoyens ne servent pas de monnaie d’échange dans les négociations, s’est dit confiant quant à la possibilité de trouver un accord qui permette à chacun de rester où il est, ce qui est "notre intérêt commun".

Autre point important mis en exergue par le ministre luxembourgeois, la question du marché intérieur, et plus spécifiquement des services financiers, l’enjeu étant de préserver le “Level Playing Field” qui permet à la place financière luxembourgeoise de rester compétitive. Il importe ainsi que Londres ait le même cadre réglementaire et prudentiel que le Luxembourg, a expliqué Jean Asselborn en appelant de ses vœux un système d’équivalences pour l’accès aux differents services financiers européens. "Nous n’accepterons pas de mauvais compromis qui porterait notamment préjudice à la place financière luxembourgeoise", a conclu Jean Asselborn qui a fait sienne l’expression de Theresa May lors de son discours du 17 janvier dernier, à savoir "No deal is better than a bad deal".

L’avenir de l’Union

Jean Asselborn a évoqué les discussions en cours sur l’avenir de l’UE, à quelques jours d’un Sommet de Rome qui doit célébrer le 60e anniversaire de la signature des Traités de Rome, et qui sera l’occasion pour les 27 chefs d’Etat et de gouvernement d’adopter une déclaration commune. Il devrait y être question des conquêtes de l’Union européenne, du projet de paix qu’elle incarne, et de la communauté de valeurs sur laquelle elle est basée, a souligné le chef de la diplomatie luxembourgeoise.

Parmi les valeurs fondamentales dont l’Union a fait un de ses principes fondateurs, Jean Asselborn a mis une fois de plus en exergue le principe de solidarité, conscient toutefois qu’une communauté solidaire ne naît pas du jour au lendemain mais se construit au prix de grands efforts et de coopération quotidienne. Le chef de la diplomatie luxembourgeoise a aussi insisté sur l’importance de l’Etat de droit, sans le respect duquel par chaque Etat membre l’Union européenne ne peut fonctionner. Il a à ce sujet évoqué l’initiative de la Commission à l’égard de la Pologne. S’il est conscient des difficultés à activer la procédure prévue par l’article 7 du traité de Lisbonne, Jean Asselborn n’en reste pas moins d’avis que l’UE ne peut tout simplement regarder comment ses principes fondamentaux sont foulés au pied. "L’UE doit se donner les moyens et les instruments adéquats pour protéger le principe de l’Etat de droit", a affirmé Jean Asselborn avant de lancer un appel à ce que plus de voix se fassent entendre au Conseil à ce sujet.

Le ministre des Affaires étrangères et européennes a aussi évoqué le livre blanc présenté par la Commission européenne en amont du Sommet de Rome. Sur les cinq scénarios qui y sont esquissés, Jean Asselborn en retient deux qui restent réalistes, à savoir une Europe à plusieurs vitesses et une Europe qui en fait moins, mais qui le fait mieux. Au vu des crispations que l’idée d’Europe à plusieurs vitesses cause dans certains pays, Jean Asselborn a tenu à souligner qu’il ne fallait pas voir là "une provocation contre les pays de l’Est de l’Union européenne", mais plutôt "une impulsion pour faire avancer l’UE à laquelle tous les pays peuvent se joindre s’ils les veulent et au moment où ils le veulent".

"Nous avons besoin d’une Europe plus proche des citoyens" et "d’une Europe plus sociale"

"Nous avons besoin d’une Europe plus proche des citoyens" et "d’une Europe plus sociale", a conclu Jean Asselborn avant de rappeler que "l’Europe est en fin de compte ce que ses Etats membres en font".

La dimension sociale de l’Europe est aussi un des éléments clefs de la position du ministre quant aux efforts menés pour renforcer et approfondir l’Union économique et monétaire. Si la situation économique se présente mieux, le chef de la diplomatie luxembourgeoise reste en effet d’avis qu’il convient de continuer de consolider l’économie européenne et de la rendre plus résistante aux chocs externes.  Et c’est à cette fin que le Luxembourg mise sur l’approfondissement de l’UEM et voit dans la finalisation de ce chantier important un élément à ne pas négliger. Le Grand-Duché plaide pour une approche par étapes, sans modification des traités, a rappelé le ministre en rappelant toutefois que l’approfondissement de l’Union des marchés des capitaux, la création à terme d’une garantie des dépôts commune et l’approfondissement de l’Union budgétaire doivent toutefois aller de pair avec un minimum de solidarité européenne. Et c’est dans cette logique que la dimension sociale de l’Union économique et monétaire apparaît comme centrale à ses yeux.

En matière de politique commerciale, Jean Asselborn a insisté sur le caractère modèle de l’accord de libre-échange conclu entre l’UE et le Canada (CETA), qui devrait aider à faire primer la politique sur le diktat d’une mondialisation orientée sur le profit à court terme.L’enjeu, est c’est aussi celui des mesures antidumping sur lesquelles l’UE est en train de plancher, est pas moins de mieux se défendre contre des pratiques commerciales qui ne seraient pas équitables. C’est celui d’un commerce libre et équitable.

Jean Asselborn a brièvement abordé le dossier de la politique de siège des institutions européennes, un sujet important au vu des quelques 14 000 agents de l’UE qui travaillent et vivent au Luxembourg avec leurs familles. "Le Luxembourg continue à faire tous les efforts pour offrir les meilleures conditions de travail et de vie aux fonctionnaires européens", a assuré le ministre qui a fait le point sur les travaux actuellement en cours de réalisation, en parlant notamment du bâtiment Jean Monnet 2 qui devrait permettre d’accueillir au Kirchberg 3000 collaborateurs de la Commission européenne, mais aussi du nouveau data centre inauguré en décembre dernier à Betzdorf. Les travaux de construction du Konrad Adenauer II et de la troisième tour de la Cour de Justice de l’UE avancent eux aussi, tandis que les travaux de planification en vue de l’installation de la Cour d’appel de la nouvelle Juridiction unifiée du brevet ont avancé malgré le retard pris avec le référendum britannique de 2016.