Economie, finances et monnaie - Traités et Affaires institutionnelles
En cas de Brexit, l’UE perdrait la place financière de Londres, ce qui serait une "terrible nouvelle" aux yeux de Pierre Gramegna
09-06-2016


Le 9 juin 2016, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, était l’invité de l’émission Talking Europe sur France 24. La journaliste Eve Irvine l’a notamment interrogé sur les possibles conséquences d’une éventuelle sortie du Royaume-Uni à l’issue du référendum prévu le 23 juin prochain sur la question.

"Si le Royaume-Uni devait sortir, la très mauvaise nouvelle pour l’Union européenne serait qu’elle  perdrait Londres, qui est l’un des plus grands centres financiers au monde"

Pierre Gramegna sur France 24 le 9 juin 2016Loin de vouloir se contenter d’envisager les possibles "bénéfices à court terme" que pourrait éventuellement impliquer un Brexit en encourageant certaines entreprises britanniques à vouloir s’assurer une présence en Europe continentale et à choisir éventuellement le Luxembourg pour y assurer une présence, Pierre Gramegna veut voir "la situation d’ensemble". Or, pour lui, la clef, c’est que "le Royaume-Uni bénéficie du fait d’être membre de l’UE et l’UE bénéficie du fait d’avoir le Royaume-Uni dans son chef". Aux yeux de Pierre Gramegna, "ce serait une situation avantageuse ("win-win") pour tous si le Royaume-Uni restait dans l’UE". En ce qui concerne la place financière luxembourgeoise, le ministre relève par ailleurs que le Luxembourg "travaille activement avec le centre financier de Londres", les deux places étant "plus complémentaires que concurrentes". Et, met-il en garde, "si le Royaume-Uni devait sortir, la très mauvaise nouvelle pour l’Union européenne serait qu’elle perdrait l’un des plus grands centres financiers au monde", ce qui serait "une terrible nouvelle".

Un éventuel Brexit risquerait par ailleurs "d’ouvrir des négociations compliquées avec le Royaume-Uni", craint Pierre Gramegna en évoquant un sujet que "personne n’ose aborder en détail parce que nous allons devoir dérouler les relations que nous avons actuellement avec le Royaume-Uni et qui profitent actuellement pleinement du marché intérieur, du marché intérieur des services financiers". "Si le Royaume-Uni devait sortir, il faudrait trouver un accord pour déterminer comment cela va marcher, en sachant qu’une seule chose est sûre : on ne peut être à la fois dedans et dehors", conclut le ministre.

Le Luxembourg apparaît comme un des grands perdants d’un éventuel Brexit dans deux études publiées le même jour

La question des conséquences, notamment économiques et financières, d’un Brexit fait partie des grands thèmes abordés pendant la campagne en cours au Royaume-Uni, mais aussi au-delà des frontières britanniques. Et le Luxembourg apparaît clairement comme un des perdants d’un éventuel Brexit. Ainsi, le jour même où Pierre Gramegna était interrogé sur la question, l’agence de notation Standard and Poor’s et le bureau d’analyse politique économique du Bureau central du Plan néerlandais (CPB) relevaient dans deux études distinctes que le Luxembourg compterait parmi les Etats membres de l’UE qui auraient le plus à perdre d’une éventuelle sortie du Royaume-Uni.

Standard and Poor’s a ainsi établi un "index de sensibilité au Brexit" basé sur plusieurs facteurs, à savoir les exportations vers le Royaume-Uni, le facteur financier, les investissements directs étrangers au Royaume-Uni et enfin les flux migratoires. Il en ressort que l’Irlande serait la plus touchée par un Brexit, avec un index atteignant 3,5, suivie par Malte (Index de 2,9) et ensuite par Luxembourg, avec un index de 2,4, soit trois fois plus élevé que l’index moyen de 0,8. Un score élevé que les analystes de l’agence de notation expliquent par "l’importance des créances sur les institutions financières britanniques, incluant produits dérivés et garanties", ainsi que par "les exportations élevées, dont beaucoup sont transférées via le Luxembourg pour des raisons fiscales".

Dans son étude, qui étudie notamment l’impact d’un Brexit en termes de commerce, le CPB constate de son côté que les pays qui risqueraient de connaître les plus grosses pertes en termes de PIB seraient l’Irlande, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Ce qui s’explique par l’importance du volume commercial qui existe entre ces pays et le Royaume-Uni, et qui implique par conséquent qu’ils seraient "les plus frappés par les restrictions commerciales qui suivraient un Brexit".