Emploi et politique sociale - Traités et Affaires institutionnelles
Brexit – Les ministres luxembourgeois du Travail, Nicolas Schmit, et des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, veulent une meilleure prise en compte de la dimension sociale
30-06-2016


Nicolas Schmit et Jean AsselbornParmi les enseignements à tirer du referendum britannique en faveur d'un Brexit, les ministres luxembourgeois du Travail, Nicolas Schmit, et des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, tous deux membres du LSAP, insistent sur une meilleure prise en compte de la dimension sociale dans la politique européenne.

Nicolas Schmit : "L'Europe est malade de l'orthodoxie libérale" 

Dans une interview publiée dans Le Jeudi daté du 30 juin 2016, le ministre luxembourgeois du Travail, Nicolas Schmit, déduit du referendum en faveur du Brexit que, pour l'heure, "les gens ont l'impression qu'une élite décide pour eux et leur explique ce qui est bon pour l'Europe". Il en appelle en conséquence à "une nouvelle approche qui rompe avec la manière dont Bruxelles prend les décisions".

"C'est la première fois qu'un pays quitte I'UE et cela doit nous interpeler. Il ne faut pas que les institutions retournent à leur train-train quotidien", prévient-il. "C'est une crise économique, sociale, de légitimité et de crédibilité politique qui est en cours."

Nicolas Schmit pense l'Europe "malade de l'orthodoxie libérale" qui consiste à "tout libéraliser, tout flexibiliser". Il voit d'ailleurs un paradoxe dans le fait que cette idéologie est défendue notamment par le Royaume-Uni et que les citoyens britanniques démunis qui souffrent de cette politique aient voté majoritairement pour le Brexit. Nicolas Schmit s'adresse à Jean-Claude Juncker, lui disant qu'il doit "soit arrêter de défendre ce modèle libéral, soit ne plus évoquer son fameux 'pilier social'". Il considère en effet que "ces incohérences mènent l'Europe droit dans le mur", "tout comme cette obsession de sacrifier nos normes sur l'autel du commerce international."

Au contraire, "le volet social devrait être systématiquement pris en compte". "La Commission devient plus large dans ses recommandations dans le cadre du semestre européen, elle vient aussi de proposer un texte sur le détachement des travailleurs. C'est très bien", concède-t-il avant de nuancer : "Mais le social reste une variable d'ajustement. Car, à côté, I'UE crée des salariés précaires. Ce genre d'incohérences ne passe pas inaperçu."

Nicolas Schmit pense de surcroît qu'il serait temps de "mettre fin aux dérives de l'Union monétaire". La Commission érige l'Espagne en "modèle d'une politique d'austérité réussie", alors que le pays va mieux parce qu'il n'applique plus cette politique depuis un an. "Les règles du Pacte de stabilité nous mènent dans l'impasse. Les 3 % sont une absurdité pour laquelle nous sacrifions notre jeunesse qui ne trouve pas de travail", juge le ministre.

Jean Asselborn : "Les gens ne sont pas contre l'Europe mais contre l'actuelle politique européenne"

Par différentes prises de position publiques, le ministre des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, a lui aussi mis en garde contre le fait que l'UE est souvent perçue comme le projet d'une élite et a déploré les carences sociales de la politique européenne. 

Jean Asselborn prévient qu'un même référendum soumis au vote dans d'autres pays de l'UE pourrait conduire au même résultat. "Les gens ne sont pas contre l'Europe mais contre l'actuelle politique européenne", a-t-il déclaré dans le magazine matinal de la chaîne de télé allemande ARD. L'UE doit agir de manière renforcée contre le chômage des jeunes. "La croissance seule ne suffit pas, l'UE doit répartir de manière socialement plus équitable la plus-value créée", a-t-il dit au micro de l'ARD mais aussi lors d'un débat avec le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, organisé dans le cadre de la remise du Grand Prix Franco-Allemand des Médias le 29 juin 2016.

Dans les colonnes du Luxemburger Wort daté du même jour, Jean Asselborn avait considéré que "la question sociale doit enfin revenir au cœur de l'intégration européenne" et qu'il y avait lieu de "répartir de manière socialement plus juste la plus-value de la croissance en Europe."  De nouveaux pas vers un approfondissement de l'UE ne constituent "pas la bonne voie dans un premier temps", car "peu d'Etats pourraient actuellement réussir à le faire passer politiquement", avait-il ajouté. Il faudrait, selon lui, plutôt "présenter clairement aux citoyens quelles sont les forces de l'Europe", à savoir le commerce, la libre circulation, la sécurité, la migration et la protection du climat, domaines, dans lesquels, "l'UE agit mieux et plus efficacement qu'un Etat national".