Marché intérieur - Traités et Affaires institutionnelles
David Cameron entend "sérieusement entamer" les discussions sur la réforme de l'UE et la renégociation de la relation du Royaume-Uni avec elle, et rencontrera tour à tour les dirigeants européens
21-05-2015


David Cameron et Donald Tusk lors du Sommet du partenariat oriental le 21 mai 2015 à Riga (c) Conseil européenLe Premier ministre britannique, David Cameron, a indiqué qu'il allait "sérieusement entamer les discussions" avec les autres leaders européens sur la "réforme de l'UE et la renégociation de la relation du Royaume-Uni avec elle", le 21 mai 2015 en marge du Sommet du partenariat oriental qui regroupait à Riga les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE et des six pays de l'ex-URSS.

"En travaillant ensemble dans un bon esprit et en nous y conformant, je pense que nous pourrons trouver des solutions qui répondent aux préoccupations des Britanniques et améliorent l'UE dans son ensemble", a estimé David Cameron, tout en concédant que "ces discussions ne seront pas faciles" et qu’il y aurait "des hauts et des bas" dans la négociation sur la réforme de l'UE. Mais "il est dans l'intérêt de la Grande-Bretagne que cela soit un succès", a t-il ajouté, tout en s’estimant "confiant". Le Sommet du Partenariat oriental constituait le premier déplacement de David Cameron à l’étranger depuis sa victoire aux élections législatives le 7 mai 2015.

Pour mémoire, à peine réélu, le Premier ministre conservateur avait répété sa promesse d'organiser d'ici la fin 2017 un référendum sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. C'est le 27 mai 2015, à l'occasion du discours de la Reine qui présentera le programme législatif du nouveau gouvernement, que doit être publiée la loi permettant l'organisation du référendum britannique. Mais avant de soumettre ce choix à son peuple, David Cameron veut d'abord renégocier "les termes de l'appartenance" du Royaume-Uni, en rapatriant notamment certains pouvoirs à Londres et en durcissant les conditions d'accès aux aides sociales pour les immigrés de l'UE, notamment en provenance des pays de l'Est. Ce durcissement, qui pourrait s'avérer difficile à obtenir, constitue "une exigence absolue", a-t-il martelé le 21 mai, alors que le nombre d'arrivées sur le sol britannique a fait un nouveau bond en 2014, selon les estimations officielles.

Lors d’un dîner de travail avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 25 mai 2015, David Cameron a clairement exposé au président de la Commission européenne que le peuple britannique n’était "pas d’accord avec le statu quo" et que l’UE devait "changer", comme l’indique un communiqué du gouvernement britannique. Jean-Claude Juncker s’est pour sa part montré enclin à la recherche d’une solution, tout en souhaitant trouver un "fair deal" avant la tenue du référendum. Les deux dirigeants se sont entendus sur le fait que davantage de dialogue était nécessaire. La rencontre a été vue comme une "tentative de rapprochement", selon l’agence de presse allemande DPA, alors que David Cameron s’était fermement opposé à la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne à l’automne 2014.

Le 28 mai 2015, David Cameron participera à un petit-déjeuner de travail avec la chef du gouvernement danois Helle Thorning-Schmidt à Copenhague. Le même jour, il est attendu aux Pays-Bas, où il rencontrera le Premier ministre, Mark Rutte, et en France, où il dînera à l'Élysée avec le président François Hollande, ainsi que le rapporte l’AFP. Le 29 mai, il rencontrera la Première ministre polonaise, Ewa Kopacz, à Varsovie et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin. David Cameron compte s'entretenir avec l'ensemble de ses 27 partenaires européens avant le sommet des chefs d'État et de gouvernement des 25 et 26 juin à Bruxelles.

Réactions

Interrogés à leur arrivée au Sommet, plusieurs leaders européens ont tenu à souligner qu'ils attendaient de voir ce que David Cameron compte obtenir. C'est ce qu'a fait notamment Helle Thorning-Schmidt qui s'est réjouie de la réélection du dirigeant. La Première ministre danoise a souligné que la première étape serait d'"écouter ce qu'il a à dire".

Le ministre irlandais des Affaires européennes, Dara Murphy a, pour sa part, indiqué qu’Enda Kenny, le Premier Ministre de l’Irlande, et David Cameron se rencontreraient début juin, tout en soulignant qu'il était "très optimiste" sur le maintien du Royaume-Uni dans l'UE, les entreprises irlandaises étant particulièrement inquiètes d'un potentiel 'Brexit'. Le ministre a aussi assez bien accueilli les pistes de réformes avancées par David Cameron, suggérant qu'elles pourraient s'avérer bénéfiques pour tous les Européens quand il s'agit de meilleure réglementation et de renforcement de la croissance.

Le Premier ministre estonien, Taavi Roivas, a, lui, indiqué qu'il s'attendait à des "discussions ouvertes", mais qu'elles ne devraient pas porter sur les libertés fondamentales de l'UE. "Nous devrions être ouverts aux propositions des uns et des autres", a fait valoir le dirigeant, confiant toutefois qu'un 'deal' pourra être trouvé.

Autres réactions à un éventuel "Brexit"

Le journal britannique Sunday Times a rapporté, le 24 mai 2015, que l'opposition travailliste britannique soutiendra la proposition du Premier ministre David Cameron d'organiser un référendum sur l'appartenance du pays à l’UE, tout en appelant à voter pour rester dans l'Union, alors que, pendant la campagne électorale, le Labour se disait opposé à la tenue de ce référendum, mettant en garde contre l'incertitude économique qu'il engendrerait. "Le peuple britannique veut s'exprimer sur l'adhésion de la Grande-Bretagne à l'Union Européenne (...), le Labour soutiendra donc désormais l'organisation du référendum", ont déclaré la responsable de fait du parti, Harriet Harman, et son porte-parole pour les affaires étrangères, Hilary Benn, cités par l'hebdomadaire. Mais "le parti travailliste ne veut pas voir la Grande-Bretagne sortir par inadvertance de l'Union européenne. Nous ferons campagne pour notre maintien", ont-ils ajouté.

Alors que l'opinion publique semble pour l'instant favorable au maintien dans du Royaume-Uni dans l'UE, selon un sondage YouGov réalisé à la veille des élections (45 % des Britanniques voteraient pour rester, contre 33 % qui préféreraient le "Brexit"), plusieurs grandes entreprises et banques, dont le géant aéronautique Airbus, la Confédération des industries britanniques (CBI), le constructeur japonais Nissan ou encore la Deutsche Bank et HSBC, ont tiré la sonnette d'alarme face à une possible sortie du Royaume-Uni, rapporte l’AFP.

La communauté scientifique britannique s'inquiète elle aussi d'une possible sortie britannique de l'Union européenne, en redoutant une menace pour la recherche, comme elle l’a fait savoir le 22 mai 2015 dans une lettre au quotidien The Times. Un groupe d’éminents scientifiques, parmi lesquels le biochimiste Paul Nurse, prix Nobel de physiologie ou médecine en 2001, et le professeur d'astronomie Martin Rees, a qualifié de "désastre" la perspective d'un "Brexit" au moment où la recherche européenne commence tout juste à rivaliser avec celles des Etats-Unis. Les scientifiques ont par ailleurs souligné que "la communauté scientifique travaille en étroite collaboration avec l'UE et cela de manière très positive (...)" et que "l'Union européenne représente une bénédiction pour la science britannique et l'innovation". Ils appellent Jo Johnson, le nouveau secrétaire d'Etat pour les Universités et la Science, à exprimer "avec force" son soutien à un maintien du Royaume-Uni dans l'UE.