Parlement européen - Traités et Affaires institutionnelles
Jean-Claude Juncker est allé à la rencontre des sept groupes politiques du Parlement européen en amont du vote qui devrait le nommer président de la future Commission européenne
09-07-2014


Le 27 juin dernier, les chefs d’Etat et de gouvernement ont désigné Jean-Claude Juncker comme candidat à la Commission européenne. Le Parlement européen doit se prononcer sur sa nomination à l’issue d’un débat qui se tiendra le 15 juillet prochain. Jean-Claude Juncker est allé à la rencontre de tous les groupes politiques du Parlement européen issu des élections de mai 2014 au long d’un marathon de sept auditions d’environ 2h30 chacune qui se sont tenues les 8 et 9 juillet 2014.

Tout au long de la campagne électorale, les différents groupes avaient indiqué les conditions de leur soutien, tandis que Jean-Claude Juncker lui-même avait aussi précisé ses priorités .

A l’issue de cette série de sessions de questions-réponses souvent animées, les groupes politiques ont exprimé leur position, quand elle est déjà définie, ou bien les doutes et les questions qui persistent, quand elle n’est pas encore arrêtée.

Un petit tour de ces réactions laisse présager un débat animé le 15 juillet prochain.

Plein soutien du PPE

Le groupe PPE, en toute logique, a exprimé son "plein soutien" à celui qui était le candidat officiel du parti pendant la campagne électorale. Comme l’a formulé Manfred Weber, président du groupe, sous la présidence de Jean-Claude Juncker, "la Commission sera ambitieuse et elle aura un agenda clair". Manfred Weber s’est montré confiant quant à l’issue du vote du 15 juillet : "Nous sommes sûrs qu’il y aura une large majorité en faveur de Jean-Claude Juncker au Parlement européen la semaine prochaine", a-t-il déclaré le 9 juillet en début de soirée.

Le S&D n’a pas encore pris la décision finale d’accorder son soutien à Jean-Claude Juncker

Le groupe S&D a souligné par voie de communiqué des "débuts positifs " pour Jean-Claude Juncker, tout en se gardant une possible réserve. Le président du groupe, Gianni Pittella, a ainsi salué "une rencontre positive et utile, mais pas encore pleinement satisfaisante". Selon lui, les négociations étaient "encore loin d’être terminées" au lendemain de l’audition qui s’était tenue le 8 juillet. "Le Groupe S&D n’a pas encore pris la décision finale d’accorder son soutien à M. Juncker", a-t-il insisté.Jean-Claude Juncker a rencontré les eurodéputés du groupe S&D le 8 juillet 2014 © European Union 2014 - Source EP

Le soutien du groupe semble toutefois très vraisemblable, comme en témoigne la satisfaction de Gianni Pittella à l’idée d’avoir "trouvé un terrain commun lors des discussions" qu’il va maintenant s’agir de "traduire en propositions d’actions concrètes". Un des motifs de satisfaction du groupe est "l’engagement pris par Jean-Claude Juncker de mettre fin à la troïka et de la remplacer par une approche plus démocratique, conduite par l’UE, pour s’attaquer à la crise financière et économique".

Le président du groupe S&D s’est aussi félicité à l’idée de "savoir que le prochain commissaire aux Affaires économiques et monétaires sera un membre de la famille socialiste et démocrate". Une "bonne nouvelle" qu’il convient de prendre toutefois avec précaution puisque le groupe ALDE s’est pour sa part félicité un peu plus tard de s’être vu assurer par Jean-Claude Juncker  qu’il n’avait  "pas encore décidé" de nommer un social-démocrate au poste occupé précédemment par Olli Rehn.

Les réserves du groupe S&D portent sur plusieurs sujets. Il s’agit tout d’abord du manque de clarté et de détails sur "le meilleur usage à faire des instruments de flexibilité, définis par le pacte de stabilité et de croissance." Gianni Pittella a aussi regretté «l’absence d’actions réelles concernant le problème urgent de l’immigration, qui nécessite plus de solidarité entre États membres". "Les remarques de M. Juncker en matière de politique étrangère sont aussi loin de nous satisfaire", a ajouté le président du groupe qui les juge "trop vagues pour transformer l’Europe en géant politique, et inadéquates comme réponses aux situations compliquées et dangereuses comme celles de l’Ukraine et de la Syrie." Enfin, le groupe demande la définition d’objectifs clairs en matière de politique environnementale et énergétique.

Malgré des convergences de vues, le groupe ECR ne soutiendra pas Jean-Claude Juncker

Le groupe des conservateurs et réformistes a pu interroger le candidat Juncker sur ses projets le 8 juillet 2014. A l’issue de cette audition, le président du groupe ECR, Syed Kamall, a reconnu avoir eu "une bonne discussion" avec lui, tout en soulignant que cet échange de vues avait confirmé qu’il y a nombre de domaines dans lesquels il leur semble possible de travailler avec lui. Jean-Claude Juncker est assuré du soutien du groupe ECR sur des priorités comme le développement d’un marché unique du numérique, un commerce plus ouvert ou la promotion de la sécurité énergétique.

Mais il a aussi clairement annoncé que son groupe ne pouvait pas "cautionner le processus qui a amené M. Juncker à ce stade". "Nous estimons qu'il s'agit d'un glissement de pouvoir des États membres vers le Parlement", poursuit le communiqué du groupe qui doute aussi de l’authenticité du lien "entre les gens qui votent surtout pour des partis nationaux et les candidats quJean-Claude Juncker en discussion avec les eurodéputés du groupe ECR le 8 juillet 2014 © European Union 2014 - Source EPe les partis pan-européens ont mis en avant pour la présidence de la Commission".

"Nous avons des vues différentes de l’orientation future de l’UE", a encore souligné le président du groupe ECR.

"Nous ne pourrons pas soutenir M. Juncker la semaine prochaine", a-t-il conclu.

L’ALDE assure Jean-Claude Juncker de son soutien

Le communiqué diffusé par le groupe des libéraux et démocrates à l’issue de l’échange de vues avec Jean-Claude Juncker est on ne peut plus clair : "Le groupe ADLE a décidé de participer à une majorité pro-européenne au Parlement".  Il s’agit de "promouvoir un leadership européen, s'appuyant sur un programme progressiste, afin de faire face aux forces populistes et eurosceptiques qui vont sévir au Parlement".

L’ALDE, qui a toujours soutenu la procédure visant à nommer à la présidence de la Commission un des candidats têtes de liste aux élections européennes, se félicite que le Conseil européen ait nommé Jean-Claude Juncker comme candidat, non seulement parce qu’il s’agit là d’un "progrès démocratique", mais aussi parce que Jean-Claude Juncker est "un Européen convaincu".  Le groupe des libéraux salue en lui "un ardent défenseur de la méthode communautaire" qui est "fermement opposé à l'évolution récente vers l'intergouvernementalisme".

L’ALDE salue aussi le fait que "Jean-Claude Juncker a concédé un certain nombre de points essentiels pour les démocrates et les libéraux" lors de son audition. Et il dresse une longue liste des sujets que le candidat a évoqués auxquels les députés du groupe sont attachés et qu’ils pourront toujours soumettre à Jean-Claude Juncker le cas échéant en guise de rappel.

L’ALDE rappelle aussi ses exigences, à savoir que le président de la Commission présente un paquet législatif sur la croissance d’ici l’an prochain, ainsi qu’un paquet législatif sur base du Livre vert de 2012 pour une Union économique et monétaire véritable et approfondie et que la précédente Commission n'a jamais concrétisé.  Les eurodéputés libéraux veulent aussi que la proposition de directive horizontale sur l'anti-discrimination soit débloquée, ce qui doit aller de pair avec l'adoption d'une feuille de route pour les droits des LGBT. Jean-Claude Juncker est aussi invité à s’engager à obtenir davantage de femmes qu'actuellement au sein du collège. Enfin, l’ALDE s’oppose fermement à l'idée de permettre  un traitement spécial pour le Royaume-Uni.

Autre enjeu d’importance pour l’ALDE, la certitude que la famille démocrate et libérale sera "représentée de manière  appropriée au sein de l'exécutif de l'Union européenne afin d'avoir la capacité de réaliser nos priorités". Un élément qui comptera aussi au moment du vote.

Les élus du groupe GUE/NGL n’ont pas été convaincus par Jean-Claude Juncker

Les échanges entre Jean-Claude Juncker et les eurodéputés de la Gauche ont été animés. Et il en ressort que l’ancien président de l’Eurogroupe n’a pas convaincu les élus du groupe GUE/NGL, ainsi qu’en témoigne le communiqué de presse qu’ils ont diffusé le 9 juillet 2014.

"Les priorités de Jean-Claude Juncker ne correspondent pas à notre vision de l’avenir de l’UE", a clairement annoncé la présidente du groupe, Gabi Zimmer.

 "Alors qu'il semblait critiquer certaines des politiques sévères menées ces dernières années par les dirigeants européens - comme la nature non démocratique de la Troïka -, il n'a pas voulu les abandonner ni proposer de réel changement par rapport à ces échecs", a-t-elle relevé. " Ce n'est tout simplement pas suffisant, alors que la lutte contre l'austérité et ses conséquences dévastatrices sur des millions de citoyens représente sans aucun doute le principal défi de notre époque", juge la présidente du groupe. Jean-Claude Juncker a en effet été interrogé sur son bilan en tant que président de l’Eurogroupe en pleine crise financière.

Autre objet de sa déception, le TTIP, sur lequel les eurodéputés du groupe ont demandé des garanties, mais se sont dits "déçus par les réponses reçues". Interrogé sur la manière dont le peuple serait consulté, Jean-Claude Juncker n'a pas répondu, affirmant que, dans la négociation de l'accord de libre-échange transatlantique, l'UE ne devrait "pas transiger sur les règles d'hygiène, le droit du travail et la protection des données".

Les sujets sur lesquels le candidat du Conseil a pêché, selon les eurodéputés de la Gauche, sont encore l’immigration, la transparence, l’austérité ou encore la protection de la vie privée.

Le groupe des Verts/ALE n’est pas encore décidé

C’est le 9 juillet 2014 que Jean-Claude Juncker a été entendu par les eurodéputés du groupe Verts/ALE. Mais le choix que feront les parlementaires de ce groupe assez hétérogène reste ouvert, ainsi que l’ont indiqué les co-présidents du groupe, Rebecca Harms et Philippe Lamberts.

"M. Juncker a dit vouloir construire une coalition pro-européenne aussi large que possible, et cette déclaration a été bien accueillie", ont-ils déclaré sans manqué d’ajouter qu’il est "clair que nous venons de milieux politiques différents, et toutes ses réponses n'ont pas reflété notre de vision de l'UE, mais nous avons également des points communs".

"Les députés de notre groupe doivent désormais décider comment les projets de M. Juncker concordent avec nos priorités pour les cinq prochaines années", ont-ils conclu. Le Bulletin quotidien daté du 10 juillet précise qu’une décision formelle devrait être prise en principe à la veille du débat et du vote du 15 juillet, à l’issue d’une nouvelle rencontre entre Jean-Claude Juncker et les deux co-présidents du groupe.

Une tribune signée par Rebecca Harms et Phlippe Lamberts parue dans le Frankfurter Rundschau daté du 10 juillet pointe les sujets auquel les deux coprésidents du groupe seront attentifs dans leur discussion. "Jean-Claude Juncker doit montrer comment il entend conduire le dialogue entre les politiques et les citoyens", demandent-ils par exemple.

La façon dont la future Commission va poursuivre le chemin pour sortir l’UE de la crise sera aussi "décisive" à leurs yeux. Ainsi, ils ont noté que Jean-Claude Juncker promet des programmes d’investissement en faveur de l’emploi et de la croissance. Mais ils se demandent comment il entend les financer dans la mesure où les seules ressources financières disponibles qu’ils entrevoient seraient les milliards d’euros de la fraude et de l’évasion fiscales qui échappent aux trésors publics de l’Union.

Les deux élus écologistes insistent aussi sur la nécessité d’investir dans une relance économique durable, ce qui "ne sera pas simple pour Juncker". "Juncker président de la Commission osera-t-il soutenir une politique qui mise sur les énergies renouvelables, les économies d’énergie et l’efficacité contre les lobbyistes ?", c’est une question que se posent les deux co-présidents qui s’interrogent sur sa volonté de s’engager en faveur d’objectifs raisonnables en matière d’énergie et de climat pour 2030. En ce qui concerne le TTIP, une Commission présidée par Juncker devra vite montrer quel parti elle prend, soulignent les deux coprésidents qui estiment qu’un arrêt des négociations serait le meilleur signal à donner.

L’EFDD affiche sa défiance à l’égard du candidat Juncker

Après sa discussion avec les eurodéputés du groupe EFDD, le co-président du groupe, Nigel Farage a évoqué "un échange de vues très poli" et il a salué le fait que Jean-Claude Juncker soit venu parler avec le groupe le plus eurocritique au sein du Parlement européen.

Mais il a vertement moqué le candidat à la présidence de la Commission européenne. "M. Juncker a montré qu'il était totalement coupé de la réalité en affirmant que les flux migratoires dans l'UE représentaient une "question marginale". Par ces propos, il ne fera que pousser le Royaume-Uni vers une sortie de l'UE. Il nous a également choqués et essaye clairement de séduire les sceptiques au Parlement en niant l'existence d'un peuple européen. Cela va à l'encontre de tout ce que j'ai entendu ici après avoir été député ces 15 dernières années" a-t-il déclaré.