Traités et Affaires institutionnelles
Le Conseil européen propose Jean-Claude Juncker comme président de la Commission européenne
27-06-2014


juncker-president-commission-twitterA 16h30, le 27 juin 2014, un message Twitter du Premier ministre Xavier Bettel en luxembourgeois avec la teneur suivante " Félicitatiounen a bon Courage un den #JunckerEU als proposéierte Kandidat fir de Posten vum EU-Kommissiounspräsident" a informé le réseau de la décision prise par le Conseil européen de proposer l’ancien Premier ministre luxembourgeois et ancien président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, comme président de la Commission européenne. Quelques minutes plus tard tombait un autre message Twitter, celui du président du Conseil européen, Herman van Rompuy : " Decision made. The European Council proposes Jean-Claude Juncker as the next President of the European Commission #EUCO."

La désignation de Jean-Claude Juncker comme président de la Commission européenne s’est donc faite par un vote à la majorité qualifiée au cours duquel seuls les Premiers ministres britannique, David Cameron, et hongrois, Viktor Orban, ont voté contre Jean-Claude Juncker.

La nomination de celui qui a été tête de liste du parti PPE, le groupe politique européen qui a remporté le plus grand nombre de sièges lors des élections européennes du 25 mai dernier, sera soumise au vote du Parlement européen le 16 juillet 2014. Il lui faudra 376 voix. Les sociaux-démocrates du S&D avec leurs 191 sièges ont décidé de se joindre à la très grande majorité des 221 députés du PPE pour voter pour Jean-Claude Juncker, de même que les libéraux européens avec au moins une partie de leurs 67 votes. Le mandat de Jean-Claude Juncker ira jusqu’au troisième trimestre de 2019.

Les priorités de l’UE pour les cinq prochaines années

Le même 16 juillet, le Conseil européen se réunira de manière informelle et rencontrera le président élu de la future Commission européenne pour 2014-2019 pour discuter avec lui des priorités de l’UE pour cette période.

Herman Van Rompuy a nommé cinq points à l'issue du Conseil européen du 27 juin : des économies plus fortes créant plus d’emplois; des sociétés capables de permettre à tous les citoyens de s’assumer et de protéger leurs droits ; une sécurité de l’approvisionnement en énergie et un avenir climatique sûr ; un espace des droits fondamentaux qui inspire confiance et une action conjointe et efficace dans le monde. Ces priorités n’ont pas été discutées dans le détail, mais devraient servir à esquisser les grandes directions du travail législatif de l’UE pour les années à venir.

Herman van Rompuy a par ailleurs souligné qu’il y avait "un consensus large" que les réformes et la consolidation budgétaire devaient continuer tout comme les investissements nécessaires pour assurer le futur de l’UE. Le Pacte de stabilité et de croissance garantit selon le président du Conseil européen cet équilibre entre croissance et politique budgétaire, si le meilleur usage est fait des flexibilités qu’il accorde aux Etats membres.

En même temps, les chefs d’Etat et de gouvernement délibèreront sur la manière dont seront pourvus les autres postes dirigeants dans l’UE, entre autres le président du Conseil européen et le Haut représentant pour la politique extérieure, Herman Van Rompuy et Catherine Ashton n’étant pas candidats à leur propre succession.      

La première réaction de Jean-Claude Juncker‏

"Je suis fier et honoré d'avoir reçu le soutien du Conseil européen aujourd'hui", a déclaré Jean-Claude Juncker sur Twitter après sa désignation, et dans un second message, il se réjouit "à l'idée de travailler avec les députés européens pour former une majorité au Parlement européen avant le vote du 16 juillet."

Les premiers commentaires du Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel

bettel-ce-140627-source-sip-monasseLors de sa conférence de presse à la fin du Conseil européen, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel a félicité officiellement Jean-Claude Juncker dont il est le successeur à la tête du gouvernement luxembourgeois.

Pour lui, il s’agit d’une "journée importante", parce que les engagements majoritaires des grands partis ont été respectés suite aux élections de mai 2014 et parce que la démocratie se voit respectée. S’y ajoute que les cinq priorités mises en avant par Herman Van Rompuy sont en ligne avec les idées du président désigné de la Commission. Finalement, c’est un grand jour pour le Luxembourg et les Luxembourgeois pro-européens qui voient pour la troisième fois un des leurs devenir président de la Commission.

Xavier Bettel a souligné son accord avec les cinq grandes priorités, évoquant la nécessité en ce qui concerne l’énergie d’une Europe "moins dépendante de certains fournisseurs et qui devrait chercher investir plus, coopérer plus et miser plus sur les énergies renouvelables. Il a salué la Garantie des jeunes, qui a été la veille mise en œuvre au Luxembourg et plaidé pour un renforcement de la protection des données. Il a aussi salué le fait que les règles du PSC ne seront pas changées et que l’objectif des réformes sera maintenu. Le détail de ces questions sera réglé lors du Conseil européen des 23 et 24 octobre 2014, a-t-il précisé

Interrogé sur la déclaration du Premier ministre britannique David Cameron qui a parlé quant à lui lors de sa conférence de presse d’un "jour sombre pour l'Europe" et que la désignation de Jean-Claude Juncker "risque d'affaiblir les gouvernements nationaux", ajoutant qu’il allait dorénavant batailler pour des réformes dans l’UE, Xavier Bettel a été clair : le Traité de Lisbonne prévoit maintenant la majorité qualifiée pour la désignation du président de la Commission, et il ne fallait pas céder à chantage, alors que des engagements avaient été pris avant les élections et qu’une majorité a accepté la voie choisie. C’est pour Xavier Bettel une question de principe malgré les différends qui ont pu l’opposer à Jean-Claude Juncker au niveau national. S’y ajoute que l’UE a besoin "d’un candidat fort qui croit en l’Europe et qui a de l’expérience".

La succession de Viviane Reding : Martine Reicherts, directrice générale de l’OPOCE

La vice-présidente de la Commission européenne, la Luxembourgeoise Viviane Reding, avait fait entendre qu’elle irait siéger au Parlement européen. Interrogé sur sa succession, Xavier Bettel a expliqué que selon l’accord de coalition, c’est au LSAP que reviendrait le droit de proposer un commissaire européen. Avec le départ de Viviane Reding de la Commission, le Luxembourg n’aura plus de commissaire. Or, le gouvernement estime qu’une vacance jusqu’à l’entrée en fonctions de la nouvelle Commission ne serait pas une bonne chose. Comme Jean-Claude Juncker sera président de la future Commission et qu’il ne pourra pas faire l’intérim jusqu’à la fin du mois d’octobre, ce poste de commissaire par intérim échoit au LSAP.

Lors de sa conférence de presse, Xavier Bettel a insisté sur le fait qu’il appartenait au vice-Premier ministre Etienne Schneider de faire une proposition qui serait validée par le Conseil de gouvernement du mardi 1er juillet. C’est à ce moment qu’est tombé le communiqué d’Etienne Schneider qui "félicite Monsieur Jean-Claude Juncker de sa nomination en tant que Président de la Commission européenne et lui souhaite beaucoup de succès dans l’exercice de ses nouvelles fonctions tellement importantes pour l’Union européenne et pour le Luxembourg".

Martine ReichertsLe communiqué aborde ensuite la question de la succession de Viviane Reding : "Vu le départ de Mme Viviane Reding de sa fonction de Commissaire européen en raison de son assermentation en tant que parlementaire européen le 2 juillet 2014, le Gouvernement devra nommer un représentant luxembourgeois pour occuper le poste de Mme Viviane Reding jusqu’à l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne. Conformément à l’accord de coalition, il revient au LSAP de proposer un candidat à ce poste. Ainsi le LSAP a décidé de proposer Madame Martine Reicherts, ancienne chef de cabinet adjoint du Président de la Commission européenne Jacques Santer et actuellement Directeur général de l’Office des publications officielles de l’UE à Luxembourg, pour occuper le poste de Commissaire européen ad intérim. Cette proposition sera soumise pour approbation au Conseil de Gouvernement le mardi 1er juillet 2014."

Les réactions au Luxembourg à la désignation de Jean-Claude Juncker

Au Luxembourg, les réactions à la désignation de Jean-Claude Juncker ont été rapides.

Le Grand-Duc a fait publier un message qui dit ceci : "C’est avec beaucoup de satisfaction que la Grande-Duchesse et moi-même avons appris la décision du Conseil européen de proposer votre candidature à la présidence de la Commission européenne. Je vous souhaite plein succès lors du vote d’investiture qui interviendra très prochainement au Parlement européen. Votre engagement et votre expérience incontestables constituent des atouts précieux dans l’accomplissement d’une tâche difficile mais essentielle pour le futur de l’Union européenne."

Le parti de Jean-Claude Juncker, le CSV, parle dans un communiqué d’un "nouveau moment démocratique en Europe et pour l’Europe" et salue la décision du Conseil européen qui "reflète le mandat des électeurs européens" et "est conforme à l’esprit du traité de Lisbonne". Le CSV qualifie Jean-Claude Juncker d’"Européen convaincu et expérimenté" et d’"homme d’Etat luxembourgeois pour qui les nations ne sont pas une invention provisoire de l’histoire".   

L’eurodéputé libéral Charles Goerens, qui avait manifesté en octobre 2013 son vif mécontentement que son parti, le DP, ne soit pas entré dans une coalition avec le CSV sous la direction de Jean-Claude Juncker, bien que le CSV ait remporté le plus grand nombre de sièges à la Chambre des députés, félicite ce dernier dans un communiqué d’une nomination qui "répond à la lecture tant du Traité de Lisbonne que du résultat des élections européennes du 25 mai dernier". Et il ajoute : "Il va falloir structurer une majorité parlementaire suffisamment solide pour faire face aux difficultés qui ne vont pas manquer de se manifester au cours des cinq prochaines années de son mandat."

Claude Turmes, l’eurodéputé vert luxembourgeois, se réjouit "pour l’homme Jean-Claude Juncker, qui reçoit une nouvelle chance après un départ déshonorant( "unehrenhafter Abschied" dans le texte)  comme Premier ministre luxembourgeois." Et d’exprimer ses doutes politiques "parce que je n’arrive pas encore à voir pour quelle politique Monsieur Juncker va s’engager, surtout en ce qui concerne les questions écologiques et sociales. En tant que Verts nous négocierons avec Jean-Claude Juncker sur son programme pour les prochains cinq ans."