Compétitivité - Economie, finances et monnaie - Emploi et politique sociale
Un Conseil européen sous le signe de la crise s’ouvre à Bruxelles
25-03-2010


Herman Van Rompuy (c) Conseil de l'Union européenneLes 25 et 26 mars 2010, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se rencontreront dans le cadre du Conseil européen de printemps. Alors que la crise des finances publiques grecques plombe l’euro et a fait éclater des divergences entre leaders des grands pays de la zone euro sur la meilleure manière de soutenir la Grèce, la Présidence espagnole a publié un ordre du jour provisoire. Ce document évoque la stratégie "Europe 2020", la sortie de crise et le changement climatique, mais ne fait pas mention de la question grecque. Pour le Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, par contre, "il est impensable que l’on ne parle pas de la Grèce". Dans une interview publiée le 25 mars 2010 par le Luxemburger Wort, il a néanmoins déclaré qu’un Conseil extraordinaire et séparé des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la zone euro ne fera du sens que s’il arrive à un consensus qui aboutirait à une résolution acceptable et performante au sujet de la Grèce. Pour lui, ce serait "un désastre absolu" si une telle réunion ne parvenait pas à trouver un accord.

Jean-Claude Juncker et la question grecque

Même s’il préfère une solution "exclusivement euro" pour aider la Grèce, Jean-Claude Juncker pense qu’un recours au FMI pourrait être une solution, mais ce serait un "processus unique qui ne devrait pas se répéter". Une raison d’impliquer le FMI est, selon lui, que les pays de la zone euro et de l’UE sont un des plus grands actionnaires du FMI. La part européenne du capital total du FMI s’élève à 25 %, et le Premier ministre pense donc qu’il ne serait "pas absurde" d’utiliser cette part afin de trouver une solution pour le cas de la Grèce. Les mesures grecques, quant à elles, il les juge de suffisantes, et il espère que les marchés financiers ont compris cela et arrêtent leurs spéculations injustes. Un plan d’aide est donc prévu uniquement pour le cas de la non viabilité financière du budget grec sur les marchés financiers.

Pour rappel, le 11 février 2010, le Conseil européen s’était déclaré prêt à aider la Grèce s’il y aurait un danger de fragilisation de la stabilité de la zone euro. Le 15 mars, l’Eurogroupe est tombé d’accord que les pays de la zone euro puissent accorder des crédits bilatéraux à la Grèce, qui seraient coordonnés par la Commission européenne.

Pour Jean-Claude Juncker, la Grèce est responsable de sa crise budgétaire parce qu’elle a manqué d’introduire des réformes structurelles nécessaires, et parce que sa compétitivité s’est dégradée depuis son entrée dans la zone euro. Concernant le principe du "no bail out" inscrit dans les règles de l‘Union économique et monétaire, le président de l’Eurogroupe pense qu’il faut y rester fidèle. Les crédits bilatéraux, pour leur part, sont selon lui en accord avec cette conception juridique qu’aucun pays de la zone euro n’est responsable pour les engagements d’un autre pays.

La stratégie "Europe 2020"

L’ordre du jour rendu public par la Présidence espagnole met l’accent sur la nouvelle stratégie européenne pour la croissance et l’emploi, appelée "Europe 2020", dont le cadre général devrait être approuvé à Bruxelles. Le Conseil européen sera "en particulier invité à mettre au point la gouvernance de la stratégie et à marquer son accord sur un nombre limité d'objectifs quantitatifs à l'échelle de l'UE, qui seront ultérieurement traduits en objectifs nationaux différenciés." Ces objectifs concernent l’emploi, la situation sociale et l’éducation ou la formation dans le cadre d’une économie plus verte, faible en émissions de carbone, orientée sur une création d’emplois fondés sur la formation et la spécialisation des salariés. Un autre objectif est de faire des progrès dans l’éducation.

En ce qui concerne la gouvernance de la stratégie "Europe 2020" par le Conseil européen, le secrétaire d’État espagnol à l’UE, Diego López Garrido, a donné, dans une interview, quelques précisions : "Il s’agira de savoir quel rôle le Conseil européen jouera comme leadership politique, et la Commission comme grand instrument de suivi si les objectifs ne devaient pas être atteints, en envoyant des recommandations et des avertissements aux Etats."

Abordant lui aussi le rôle du Conseil européen, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a de son côté expliqué que si celui-ci doit être l’institution initiatrice au niveau gouvernemental, les Conseils des ministres doivent garder leur importance. Et d’ajouter qu’il ne faut pas laisser toutes les décisions aux mains des généralistes.

ConseilJean-Claude Juncker ne pense pas que des décisions définitives relatives à la stratégie "Europe 2020" soient prises au Conseil européen de printemps. Selon lui, ce sera plutôt en juillet. Le Conseil essayera d’abord de se coordonner sur les grands objectifs d’"Europe 2020", à savoir l’augmentation du taux d’emploi à une moyenne de 75 %, une augmentation à 90 % des jeunes ayant terminé leur scolarité par l’obtention d’un diplôme, une hausse à 40 % des jeunes ayant obtenu un diplôme d’études supérieures.

Sortie de crise

Le Conseil européen fera également le point sur les efforts que l'Union européenne et ses États membres déploient en ce moment pour faire face à la crise économique actuelle. À cet égard, des questions telles que la mise en œuvre de stratégies de sortie et de progrès coordonnés, tant au niveau de l'UE qu'à l'échelle mondiale, dans des domaines pertinents comme la surveillance et la réglementation financières, revêtent une importance particulière.

Le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires européennes a donné des précisions en ce qui concerne la stratégie de sortie: "Notre but est de ne pas dépasser les 3 % de déficit et de nous approcher en 2013 d’un endettement public qui ne dépasse pas les 60 % du PNB. La stratégie de sortie signifie également qu’il faut mettre en place des plans d’austérité budgétaire et de retirer les incitations fiscales très fortes mises en route par les Etats membres et l’UE elle-même par l’injection massive d’argent public dans l’économie. Mais cela ne devra être fait que quand il y aura une reprise économique soutenue."

Compétitivité

Le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a, dans sa lettre d’invitation aux chefs d’Etat et de gouvernement du 23 mars 2010, insisté pour que les leaders européens se concentrent sur "le défi pressant que constituent les développements dans les domaines de la compétitivité et de la balance des paiements."

Il précise : "Alors que les évolutions des budgets ont été surveillés selon les règles du Pacte de stabilité et de croissance, une attention insuffisante a été accordée aux divergences en matière de compétitivité entre économie de l’UE et par rapport à l’extérieur. Cette question ne concerne pas seulement les pays de la zone euro, mais tous les Etats membres, vu le degré d’intégration au sein du marché unique. Le besoin d’agir est particulièrement pressant dans les Etats membres qui souffrent de déficits persistants dans leurs comptes courants et en matière de compétitivité." Herman Van Rompuy voudrait qu’il soit tenu compte de ces éléments dans les politiques nationales et que le suivi des budgets soit complété d’un suivi de la compétitivité des Etats membres sur base d’une série d’indicateurs qui permettraient une détection précoce de possibles divergences et une réaction politique qui arriverait à temps.

D’après Jean-Claude Juncker, un gouvernement économique de l’UE devrait miser sur une coordination étroite des politiques économiques européennes, et notamment de la zone euro. La stratégie Europe 2020 fait partie de ce gouvernement économique, mais le Premier ministre pense qu’un accord au sujet de cette stratégie ne serait pas suffisant. Selon lui, le gouvernement économique a trait à la compétitivité des différents pays de la zone euro et aux réformes structurelles qui vont au-delà des objectifs d’"Europe 2020", à savoir la viabilité financière des systèmes de sécurité sociale dans le cadre du développement démographique de tous les pays dans les prochaines décennies, et la fixation des salaires dans la zone euro.

Surveillance du système financier

Une réforme de la surveillance du système financier s’impose également pour la Présidence espagnole. Lopez Garrido a déclaré à ce sujet : "La Commission a déjà préparé des documents sur le comité du risque systémique, sur les autorités de surveillance européennes des banques, des assurances et des bourses. Il y a déjà un accord entre les Etats membres, et l’affaire est maintenant dans les mains du Parlement européen. Mais c’est là une nouvelle étape vers le gouvernement économique de l’UE."

Changement climatique

En ce qui concerne le changement climatique, le Conseil européen devrait donner son soutien aux accords de Copenhague et formuler une feuille de route pour que la conférence de Cancun soit un plus grand succès. Un accord sera aussi donné sur les 2,4 milliards d’euros annuels que l’UE donnera aux pays en voie de développement afin qu’ils puissent s’associer à la lutte contre le changement climatique.