Economie, finances et monnaie
Dans des entretiens à Libération et à la Süddeutsche Zeitung, Jean-Claude Juncker rappelle que l’assistance de la zone euro à la Grèce est "un appui conditionnel" et il annonce que "nous n’allons pas les laisser tranquilles"
15-02-2010


Jean-Claude Juncker a accordé des entretiens aux quotidiens Libération et Süddeutsche ZeitungVivement impliqué, en tant que président de l’Eurogroupe, dans l’accord qui a été trouvé lors du Conseil européen informel du 11 février 2010 sur la situation grecque, Jean-Claude Juncker a précisé ses vues dans deux entretiens publiés l’un au lendemain du sommet dans le quotidien français Libération et l’autre dans l’édition du 13 février du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

"L’assistance de la zone euro à la Grèce est un engagement réciproque" et "nous n’allons pas les laisser tranquilles"

Reprenant les grands points de l’accord préparé à son initiative en amont du Conseil européen, Jean-Claude Juncker précise ainsi au journaliste français Jean Quatremer que "cette assistance de la zone euro à la Grèce n'est pas unilatérale, c'est un engagement réciproque".  Chacun devra donc tenir son engagement et, s’il reconnaît que la réduction de 4 % du déficit budgétaire à laquelle doit parvenir la Grèce en 2010 est "énorme", Jean-Claude Juncker rappelle que "l’Irlande l’a fait, comme d’autres pays européens" et qu’il n’y a pas "d’alternative". 

En effet, poursuit le Premier ministre luxembourgeois, "nos contribuables ne sont pas là pour financer ces manquements, et [la Grèce] doit donc d'abord y remédier. C'est seulement alors qu'elle pourra compter sur notre solidarité". Le soutien auquel se sont engagés les pays membres de l’UE est donc bien "un appui conditionnel".

De même, Jean-Claude Juncker n’a de cesse de rappeler à la journaliste allemande Cerstin Gammelin qu’il relève de la responsabilité et du "devoir" du gouvernement grec de ramener son budget à un meilleur équilibre. "Nous n’allons par les laisser tranquilles" a-t-il d’ailleurs promis, ajoutant qu’il s’agirait de demander "constamment aux Grecs où ils en sont dans leur programme de réformes" mais aussi de "vérifier méticuleusement s’ils tiennent leurs promesses et en rendent compte régulièrement à l’Eurogroupe".

Quant aux mesures qui pourraient être prises, Jean-Claude Juncker explique que "l'hypothèse que l'on mettrait en place un instrument consistant à échanger des titres est valable", en rappelant toutefois que ce serait "un instrument de solidarité et non de générosité". Si d’autres mesures sont envisageables, "l'essentiel est que ces instruments bilatéraux, puisque l'Union ne peut intervenir directement, soient coordonnés au niveau de la zone euro", car il importe aux yeux du président de l’Eurogroupe "que cette aide à la Grèce apparaisse comme une mesure cohérente, déterminée et coordonnée de la zone euro".

"L’Eurogroupe va se concentrer plus intensément et plus strictement sur les divergences de compétitivité"

Pour ce qui est de savoir, ainsi que le demandait Jean Quatremer au Premier ministre luxembourgeois, si la crise actuelle ne montrait pas qu'il y a "un défaut de gouvernance de la zone euro", Jean-Claude Juncker estime qu’il n'y a pas eu "une absence totale de gouvernance de la zone euro". "Le pacte de stabilité est là pour le prouver" explique-t-il à Jean Quatremer. Et il ne manque pas de rappeler à Cerstin Gammelin que "nous n’avons eu de cesse de dire à la Grèce qu’elle perdait en compétitivité" tandis que "la BCE a elle aussi appelé constamment à la surveillance de sa politique". Finalement, ce "manque de préoccupation face la situation de la Grèce", il le considère "comme une erreur de négligence moyennement grave".

"Mais nous avons désormais décidé, après de mauvaises expériences, de davantage nous concentrer sur les divergences de compétitivité qui existent entre les Etats membres de la zone euro", annonce Jean-Claude Juncker au journaliste Jean Quatremer. Il précise à sa consoeur allemande que l’Eurogroupe s’en occupera de façon "beaucoup plus intense, beaucoup plus stricte". Plus avant, il s’explique : "une zone monétaire ne peut exister durablement si les différences de balances des comptes courants des économies nationales deviennent excessives".

"Si un Etat diverge, nous aurons avec lui un débat viril. De même, il faudra que chaque gouvernement discute d'abord au sein de l'Eurogroupe des mesures de politique économique qu'il compte prendre avant de les annoncer dans son propre pays. Je n'accepterai plus aucun manquement aux obligations inhérentes à l'appartenance à la zone euro. Il faudra que nous soyons plus sévères entre nous", tel est le credo du président de l’Eurogroupe qui avait déjà annoncé la couleur à la veille du renouvellement de son mandat.

Mais il n’est, à ses yeux, pas nécessaire de réformer le pacte de stabilité qui ne prévoit pas l’éventualité de la faillite d’un Etat. De même, Jean-Claude Juncker exclut-il l’idée d’une exclusion de la zone euro qui aurait "des effets semblables à ceux d'un tremblement de terre, incontrôlables" et entraînerait une réaction "extensivement négative" des marchés financiers. "Sortir de la zone euro équivaudrait à la fin de tout pour la Grèce. Et serait absolument négatif aussi pour l'image de la zone euro", a-t-il ajouté.

Pour ce qui est de savoir s’il faudrait renforcer les critères d’adhésion à la zone euro, Jean-Claude Juncker souligne qu’il faudrait pour cela "modifier le traité, ce dont personne n’a envie en ce moment en Europe". Il insiste donc sur la durabilité de la stabilité requise.

Interrogé sur par Cerstin Gammelin sur l’idée de "gouvernement économique" avancée par Berlin et Paris, qui ne le "gêne pas", Jean-Claude Juncker a expliqué qu’il "ne suffit pas d’aspirer à une légère coordination à l’échelle des 27" mais que "nous devons surtout coordonner plus étroitement la politique économique de la zone euro". Il entend par là une coordination sur des questions "de compétitivité, de divergences de croissance, d’évolution du pouvoir d’achat et donc d’inflation, de développement des politiques en matière d’emploi, mais aussi de contenu et d’avancement des réformes structurelles". Et le Premier ministre luxembourgeois n’a pas manqué de relever que "nombre de ceux qui appellent à un gouvernement économique doivent eux aussi mettre leur propre politique économique au banc d’essai et ne pas dire qu’il s’agit d’une question nationale".

Jean-Claude Juncker, qui n’a de cesse de plaider pour que l’Eurogroupe soit représenté au G20, estime que ses chances de pouvoir siéger, en tant que président de l’Eurogroupe, à cette table restent "minces tant que les Européens pensent que plus ils sont nombreux à la table plus ils sont forts, ce qui agace et dérange les autres".